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L'Eveil de Bodhicitta
Sa Sainteté le Dalaï Lama
52 pages : 7 euros (45 F)
ISBN : 2-500961-5-8
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"En vérité, lesprit dEveil est vraiment ce quil y a de plus précieux." Dans ce texte extrait d'un enseignement donné en février 1975 à Dharamsala (Inde), Sa Sainteté le Dalaï Lama présente avec la concision et l'humour qui le caractérisent les deux principales méthodes pour développer le précieux esprit d'Eveil.
" La manière dont chacun pratique dépend de ses dispositions. Ma démarche consiste à vous présenter une variété de plats parmi lesquels vous pouvez choisir... Servez-vous selon ce qui vous convient le mieux, puis mettez la méthode choisie en application. "
Traduit de l'anglais par Dominique Barde
IntroductionLEsprit dEveil, la précieuse bodhicitta, par laquelle on chérit les autres êtres plutôt que soi-même, constitue le pilier de la pratique du bodhisattva : la voie du Grand Véhicule (Skt. Mahayana). La bodhicitta est la base, le fondement de toutes les activités du bodhisattva, le « Guerrier de lEveil », activités dont il est difficile aux êtres ordinaires, ne serait-ce même que de se réjouir. Cet esprit dEveil transforme toutes les actions bénéfiques en un véritable catalyseur permettant lémergence de la bouddhéité. Etat desprit suprême, il nous rend capable de forger notre propre bonheur ainsi que celui de tous les autres êtres. Cest pourquoi cette pensée altruiste de bodhicitta représente la pratique essentielle des grands saints et des êtres accomplis.
Certes il sagit dune attitude desprit difficile à éveiller. Cependant, il est absolument nécessaire que nous fassions leffort de la générer en nous. Noublions pas que nous avons la grande chance, non seulement davoir obtenu une renaissance humaine, mais encore davoir pu entrer en contact avec le Dharma Mahayana -les enseignements de la voie du Grand Véhicule. Loccasion nous est offerte dimiter les actions des êtres accomplis du passé.
Le seul fait dentendre un seul mot se rapportant à bodhicitta est déjà un grand bonheur. Cela est parfaitement vrai car il nexiste pas desprit plus vertueux que bodhicitta. Il nexiste pas desprit plus puissant que bodhicitta. Il nexiste pas desprit plus joyeux que bodhicitta. Pour réaliser notre propre but ultime, lesprit dEveil est suprême, et pour réaliser le but ultime de tous les autres êtres, rien nest supérieur à lesprit dEveil. Lesprit dEveil est le moyen le plus efficace pour accumuler des mérites. Il est suprême pour purifier les obstacles, et suprême pour protéger contre les interférences. Cest la méthode unique, celle qui englobe toutes les autres. Elle permet dobtenir tous les pouvoirs, quils soient ordinaires ou supra-mondains. En vérité, lesprit dEveil est vraiment ce quil y a de plus précieux.Il est fort probable que nous éprouvions, chacun individuellement, quelques difficultés à adopter dun jour à lautre et dune manière parfaite une telle attitude desprit. Cependant, commençons au moins par orienter nos pensées dans cette direction. Il est dune importance vitale pour notre pratique du Dharma dentraîner notre esprit à ce sommet ultime de laltruisme dès le début. Dès les toutes premières étapes de notre pratique spirituelle, par exemple, quand nous entraînons notre esprit à se détourner de lattachement à cette vie et aux suivantes nous devrions déjà nous familiariser avec lesprit dEveil. Lorsque nous commençons une session de méditation par laspiration altruiste datteindre la réalisation complète (la bouddhéité) pour le bénéfice de tous, même si cette session porte sur des aspects du chemin commun aux individus daptitude mineure (comme les méditations sur limpermanence, la mort, le renoncement, etc.), cette aspiration initiale fait déjà toute la différence. Par elle, notre pratique devient plus efficace et plus court le chemin à parcourir. Non seulement cela, mais en nous évitant les détours inutiles que sont les aspirations inférieures, elle engage notre pratique sur les rails de la voie juste ; cest pourquoi nous devons avoir foi en elle.
Toutes les pratiques spirituelles dans lesquelles nous nous engageons en tant que bouddhistes mahayanistes, quelles quelles soient, commencent par la prise de refuge dans les Trois Joyaux Rares et Sublimes et par la génération de lesprit dEveil. Cela ne signifie pas que nous répétons simplement les mots. Cela signifie que nous assimilons le sens profond de ces mots dans notre esprit. Le meilleur résultat est obtenu lorsque nous réfléchissons intensément à tout ce quimpliquent les prières que nous récitons. Cest une chose très importante. En fait, même si notre bodhicitta nen est encore quau stade du souhait et de la prière, ceci nest pas suffisant. Au contraire, il nous faut entraîner encore et encore notre esprit dans la pratique et lui accorder toujours plus dimportance dans notre vie. Pour y arriver, il est tout dabord nécessaire de connaître les enseignements où lon trouve les instructions sur la manière de léveiller en nous.On peut trouver ces instructions sous une forme brève dans la grande uvre de Nagarjouna appelée « La Précieuse Guirlande » qui développe dune part les pratiques du bodhisattva dans toute leur étendue et dautre part la vue juste de la vacuité dans toute sa profondeur.
Le premier chapitre de cet ouvrage porte sur la méthode à suivre pour obtenir une condition supérieure et le bien authentique de lEtat au-delà de toute souffrance (ou nirvana). Il donne une explication de la vue profonde de la vacuité ainsi que des instructions détaillées sur des pratiques en relation avec lobservation de la loi de cause à effet. Quant au second chapitre qui traite de la corrélation entre la condition supérieure et le bien authentique, il commence par des enseignements en rapport avec lobtention dune condition supérieure. A ce point, Nagarjouna consacre une stance et demie à lessence du chemin du Mahayana : la compassion qui englobe tout et la motivation altruiste de lesprit dEveil. Dans cette stance, il déclare :
« Si votre souhait, à toi et au monde,
Est datteindre lEveil complet insurpassable,
La racine en est laspiration altruiste à lIllumination,
Qui doit être stable comme le Mont Mérou, la montagne royale
Et qui comprend la compassion atteignant tous lieux
Et la sagesse discriminante, libre de tout esprit dualiste. »
Prenant en considération ses propres aspirations et celles des autres êtres vivants, celui qui souhaite atteindre lillumination suprême de la bouddhéité doit comprendre que la racine et la source de cet accomplissement résident dans la précieuse bodhicitta, lesprit séveillant à la plénitude de ses potentialités pour son propre bien et celui des autres. Donc, ce précieux esprit dEveil doit être suscité, développé, il faut le faire grandir et le stabiliser jusquà ce quil devienne aussi inébranlable que le Mont Mérou lui-même. Pour être en mesure dengendrer lesprit déveil, et puisque le souhait de soulager tous les êtres de leurs souffrances est la racine même de la bodhicitta, il est nécessaire davoir tout dabord développé une grande compassion. Cest un sentiment qui doit régner au plus profond de notre cur, comme sil y était enraciné. Cette compassion nest pas supposée sappliquer uniquement à quelques êtres tels que nos amis et notre famille, mais doit rayonner jusquaux confins du cosmos, dans toutes les directions et envers tous les êtres qui emplissent lespace. En outre, pour réaliser lIllumination, nous avons aussi besoin de la sagesse discriminante, celle qui nadhère pas à la dualité des deux vues extrêmes : la croyance nihiliste en la non-existence et la croyance matérialiste en lidentité inhérente et permanente de tous les phénomènes. Cest cela lintelligence discriminatrice, qui analyse parfaitement le sens profond de la « Voie du Milieu », ou Madhyamaka.
Ces trois éléments : lesprit déveil de la bodhicitta, la compassion et la sagesse discriminante, doivent être totalement assimilés. Ce que lon appelle la « Méthode » (qui comprend bodhicitta et compassion) et la « Sagesse » (de la signification de la vacuité) devront être conjuguées, assimilées et stimulées.
A partir de cette stance de la « Précieuse Guirlande », Nagarjouna ouvre véritablement le chemin du Grand Véhicule, alors que les parties précédentes portaient sur des sujets communs au Petit Véhicule ou Hinayana. Ici commence le très précieux exposé sur laspiration à lEveil et sur la manière de lengendrer. Cette attitude desprit est extrêmement précieuse, dune valeur inestimable et source des plus grands bienfaits. Il est donc bénéfique de la développer même si nous devons y consacrer un nombre incalculable de vies et des centaines déons. Dans locéan des pratiques qui mènent à la bouddhéité, la boddhicitta agit comme un raz-de-marée. Car même dans notre vie quotidienne, par le pouvoir de la pensée qui aspire à lEveil, nous pouvons surmonter les difficultés et les obstacles que nous rencontrons et éviter ainsi laccablement et le désespoir. Cest véritablement la seule, luniverselle panacée.Première Partie Les sept instructions des six causes et leur effet
Bien que les grands maîtres du passé nous aient légué de nombreuses méthodes excellentes afin de développer bodhicitta, deux des plus connues sont :
La transformation de nos pensées par les sept instructions des six causes et leur effet ;
La transformation de lesprit par léchange de soi avec autrui.I. Léquanimité : une attitude impartiale.
La première méthode considère que pour faire émerger du plus profond de notre cur une aspiration forte, un souhait puissant, et non pas vague ou superficiel, dagir pour le bonheur de tous les êtres, il est tout dabord essentiel de chérir de façon égale tous les êtres. Pour nous établir dans ce sentiment, il faut niveler toutes les inégalités de notre esprit. Pour linstant, nous entretenons envers les êtres toutes sortes dattitudes contradictoires et partisanes alors que semblables attitudes ne sont ni naturelles ni raisonnables. Et nous prétextons avoir de bonnes raisons de nourrir de telles attitudes, comme par exemple : « Cette personne ma aidé, alors que cette autre personne ma fait du mal. Il est donc normal que je ressente de la sympathie pour la première et de laversion pour la seconde. » Cest de cette manière que nous justifions habituellement nos préférences.
Cependant, de laide ou de la souffrance, tous les êtres nous en ont apportée de manière égale. Car il est certain que ceux qui à présent nous sont dun grand soutien nous ont fait beaucoup de mal dans le passé, et que ceux qui sont maintenant source de souffrance nous ont aidés auparavant. Ressentir une forte sympathie pour une personne et une non moins forte aversion pour une autre, en se basant uniquement sur la situation présente, est une erreur totale. Puisque celui qui nous aide aujourdhui nous a nuit hier, et que celui qui nous nuit aujourdhui nous a aidé hier, la somme totale de bienfaits et de souffrances est la même. Les histoires du temps passé fourmillent dexemples où celui qui fut à un moment notre plus funeste ennemi devient dans sa réincarnation suivante notre fils adoré, et ceux qui nous ont donné la vie, nos propres parents, renaissent ensuite dans le corps dun chien ou dun autre animal que nous maltraitons.
Les écritures disent :
« Elle mange la chair de son propre père et maltraite sa propre mère, tandis quelle berce tendrement son ennemi juré dans ses bras. »
Lhistoire spécifique à laquelle se réfère ce verset est celle dune veuve et de son fils.
La mère de cette femme était morte et avait pris renaissance dans le corps du chien de la maison. Son père aussi était mort et sétait réincarné dans celui dun poisson nageant dans la rivière toute proche. Et le fils de cette veuve nétait autre que la réincarnation de lennemi qui, dans une vie antérieure, lavait assassinée. Tenant tendrement ce fils dans ses bras, la femme était en train de manger la chair de son propre père devenu poisson parce quil avait été pêcheur dans une autre vie, tandis que le chien de la maison, qui avait été sa mère, se régalait des restes du poisson, son ancien mari. Mieux encore, la femme tourmentait et donnait constamment des coups de pied au chien, son ancienne mère, alors quelle berçait sur ses genoux son propre ennemi du passé. Quand, par ses pouvoirs de clairvoyance, le grand Arhat Sharipoutra eut la vision de cette famille, il déclara en riant :
« Elle mange la chair de son propre père, insulte le chien, sa mère, tient tendrement dans ses bras son ennemi karmique tandis que sa mère rogne les os de son père. Pareils faits dans la roue de lexistence prêtent plutôt à rire. »
Il est donc impossible de décider avec certitude qui est un ami et qui, un ennemi. En fait, les deux nous ont également aidé et nuit, et toute attitude partiale envers lun ou lautre est parfaitement injustifiée.
Comment appliquer tout ce qui précède dans la méditation ?
Visualisez trois personnes en face de vous : un ami, un ennemi et un étranger. Puis imaginez que lennemi, placé juste en face de vous, vous insulte et vous provoque. Si la personne en question est quelquun que vous considérez effectivement comme votre ennemi, votre esprit va faire lexpérience dune certaine agitation qui se transformera en aversion et en haine. A présent, tournez-vous vers lami. Il est très aimable et vous flatte de paroles agréables, et immédiatement votre esprit sen réjouit... Tout ce processus de visualisation et dimagination provoque automatiquement un sentiment de rapprochement par rapport à lami, une pénible impression daversion envers lennemi et un sentiment dindifférence complète envers létranger.
A ce moment-là, pensez : « Tout ceci est parfaitement ridicule ! Simplement à cause de quelques mots ou de quelques actions, je crée toute cette agitation dans mon esprit. Tout cela est complètement absurde. »
Si maintenant nous échangeons les rôles, lennemi devenant lami et vice-versa, de nouveau nos sentiments changent en fonction de cette perspective différente. Et en pratiquant ainsi nous devrions réaliser que ces gens, en tant quamis, ennemis ou étrangers, sont sans essence aucune et ne justifient certainement pas tout ce remue-ménage de discrimination et de sentiments contradictoires.Nous commençons donc ainsi avec trois personnes, puis nous élargissons notre vision et entraînons notre esprit à se débarrasser du parti-pris jusquà ce que nous soyons capables davoir une attitude égale envers tous les êtres.
Lorsque cet esprit déquanimité est bien établi, nous pouvons passer à létape suivante qui consiste à considérer tous les êtres comme notre propre mère.
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