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Retour à la page d'accueilPrésentation et remerciements
Vertu et Réalité est le deuxième titre de la collection « Libre Sagesse » des Editions Vajra Yogini, collection distribuée gratuitement pour vous permettre de prendre connaissance des enseignements du Bouddha et dy réfléchir. Comme le disait si bien Lama Thoubten Yéshé : « Pour nous, le seul but de ce que nous appelons religion est de comprendre la nature de notre psychisme, de notre esprit, de nos sentiments... Le Bouddha a dit lui-même : Jai enseigné différentes méthodes parce quil existe de nombreux individus différents. Avant de choisir lune delles, utilisez votre sagesse pour vérifier si elle convient à votre profil psychologique, à votre esprit. Si mes méthodes semblent logiques et fonctionnent pour vous, nhésitez pas à les adopter. Mais si elles ne vous conviennent pas, même si elles paraissent merveilleuses, laissez-les. Elles ont été enseignées pour quelquun dautre. »
Dans son ensemble, le Dharma cest-à-dire les enseignements du Bouddha, peut être classé en deux catégories : la méthode vaste (désigné dans le titre de cet ouvrage par le mot vertu) et la sagesse profonde (ici la réalité). La lignée de la méthode a été transmise par le Bouddha Shakyamouni à Maitréya, puis jusquà lillustre Atisha en passant par les grands pandits indiens tels que Asanga, Vasoubandhou, Haribhadra et Souvarnadvipi. Cest Atisha qui a introduit ces enseignements au Tibet. De même, la lignée de la sagesse a été transmise par le Bouddha à Manjoushri puis, à nouveau jusquà Atisha en passant par les pandits tels que Nagarjouna et Chandrakirti.
Au Tibet, Atisha a réorganisé les enseignements du Bouddha en un système logique qui fut connu par la suite sous le nom des « étapes de la voie progressive vers léveil » (tib. Lam rim) dont lessence même est la méthode et la sagesse. De manière explicite, cette voie comporte trois aspects principaux : le renoncement, lesprit déveil (skt. bodhicitta) et la vue juste. La tradition Kadampa, fondée par Atisha, est à lorigine de lécole Guélougpa du bouddhisme tibétain, qui elle même a été fondée au XVème siècle par Lama Djé Tsong Khapa, un érudit et un yogi réalisé. Cette tradition persiste de nos jours dans lesprit et dans les enseignements de grands maîtres tels que Sa Sainteté le Dalaï Lama, et dautres maîtres remarquables de la tradition Guélougpa, dont Lama Thoubten Zopa Rinpoché, lauteur de ce livre, est lun des plus connu. Il est le directeur spirituel de La Fondation pour la Préservation de la Tradition du Mahayana (FPMT) et le guide, refuge et protecteur de milliers détudiants du monde entier.Lama Thoubten Zopa Rinpoché est né à Thami au Népal en 1946. à lâge de trois ans, il fut reconnu comme la réincarnation du « Lawoudo Lama », qui avait vécu tout près de là, à Lawoudo dans la région du Solo Khoumbou, un endroit visible de la maison de Rinpoché à Thami. On peut lire le récit que Rinpoché fait de son enfance dans son livre Dompter son esprit publié aux éditions Vajra Yogini. à lâge de dix ans, Rinpoché se rendit au Tibet, étudia et médita dans le monastère de Guéshé Domo Rinpoché à côté de Pagri jusquà ce que linvasion du Tibet par les chinois en 1959 ne le force à quitter le pays pour trouver asile au Bhoutan. Rinpoché se rendit ensuite au camp de réfugiés tibétains de Buxa Duar (Bengale Occidental) où il rencontra Lama Thoubten Yeshé qui devint son maître le plus proche. Ils se rendirent ensuite au Népal en 1967 et, pendant les quelques années qui suivirent, ils firent construire les monastères de Kopan et de Lawoudo. En 1971, Lama Zopa donna le premier de son très célèbre cours annuel de méditation appelé « retraite de Lam rim », qui continue encore à avoir lieu tous les ans à Kopan.
Cest en 1974, avec Lama Yeshé, que Rinpoché commença à voyager dans le monde pour enseigner directement en anglais et établir des centres de Dharma. Quand Lama Yeshé quitta son corps en 1984, Rinpoché prit la direction spirituelle de la FPMT, qui continue à se développer sous sa précieuse direction.Dans le contexte des enseignements présentés ici, la méthode correspond à lesprit dEveil bienveillant et compatissant, le souhait déliminer tous défauts et de développer toutes qualités pour être bénéfique à autrui, tandis que la sagesse est la réalisation de la réalité ultime, la vue juste de la vacuité. Il serait difficile de trouver une explication plus claire, plus simple et plus pragmatique que celle que Lama Zopa nous offre ici de ces deux chemins fondamentaux. En pratiquant la méthode, nous atteignons le corps sacré dun Bouddha ; en développant la sagesse, nous obtenons lesprit omniscient dun être éveillé.
Ces enseignements, extraits dun cours de quatre jours donné au centre FPMT américain, Tilopa à Decatur, Illinois en août 1997, exposent en détail les méthodes pour développer la compassion et la sagesse dans notre vie quotidienne. Très conscient de la réalité de la journée de travail de lunivers quotidien dans lequel vivent la plupart de ses étudiants, Rinpoché nous montre comment penser et agir afin que chaque instant de notre vie soit bénéfique au maximum, tant pour soi-même que pour les autres. De quoi avons-nous besoin de plus ?
Lidée de diffuser gratuitement des enseignements, source de bonheur ultime, est largement répandue dans la tradition bouddhique et permet daccumuler dimmenses bienfaits. Cette tradition bénéfique a été reprise par Lama Yeshe Wisdom Archives (LYWA) aux états-Unis. Cet organisme regroupe et travaille sur tous les enseignements donnés par Lama Thoubten Yéshé, Lama Thoubten Zopa Rinpoché et bientôt Lama Osel, la réincarnation de Lama Yéshé. Grâce à des bienfaiteurs, LYWA a publié gratuitement toute une série denseignements qui sont maintenant traduits et distribués dans plusieurs pays, notamment en France à linitiative déléa Redel. Nous sommes donc extrêmement reconnaissants à tous ceux qui soutiennent et qui ont permis à ce fonds dexister et de fonctionner. Nous remercions bien sûr Lama Thoubten Yéshé et Lama Zopa Rinpoché dont la bonté est impossible à rendre, Peter et Nicole Kedge ainsi quà la Vénérable Ailsa Cameroun pour leur aide qui a permis damener les Archives jusquà leur développement actuel, et Nick Ribush pour son inépuisable énergie. Nous remercions aussi le Vénérable Roger Kunsang, linfatigable assistant de Lama Zopa pour sa bienveillance et son égard.
Cette publication francaise na été possible que grâce à votre générosité et nous aimerions remercier du plus profond de notre cur le Ven. Henri Kunsang pour sa donation qui a permis de couvrir une grande partie des frais ainsi que tous les amis de lInstitut Vajra Yogini qui ont rendu possible la réalisation et la distribution gratuite de la version française de ce second livret de Lama Yeshe Wisdom Archives.
Nous remercions également Sandra Franck et élea Redel pour leur travail assidu de traduction ainsi que Philippe Arribet, Claude Palacin, Béatrice Guibert et Francois Lecointre pour leur collaboration à la traduction française et Laurent Deshayes pour la traduction du texte sur les « Trois principaux aspects de la voie » dans le second chapitre.Notes de l'introduction (pour revenir au texte, remontez de quelques paragraphes).
Atisha : Né au Bengale en 980 (ou 982), le prince Dipamkara Shri Jnana devint moine du célèbre monastère Nalanda et fut la source de la seconde diffusion du bouddhisme au Tibet. Pour plus de détails lire Dromteunpa, lhumble Yogi de Marie-Stelle Boussemart, Ed. Vajra Yogini.
Le monastère de Kopan : Dans la vallée de Kathmandou. Pour plus de détails consulter le site .
On peut trouver davantage de détails sur la vie et luvre de Rinpoché en consultant le site Internet de la FPMT .Accomplir le but de cette vie
Comment tirer le meilleur parti de cette parfaite renaissance humaine, ce précieux corps humain que nous avons obtenu cette fois seulement. Comment pouvons-nous le rendre le plus bénéfique possible, non seulement pour nous-mêmes mais aussi pour tous les autres êtres vivants, qui sont si précieux et tellement importants ? Tout comme nous, d'innombrables êtres vivants, chacun d'entre eux étant aussi précieux que nous pensons l'être nous-mêmes, ne recherchent que le bonheur et détestent la souffrance quelle qu'elle soit. Que pouvons-nous faire pour que notre vie leur soit profitable ? Voilà la question essentielle que nous devons nous poser.
Si nous prenons soin des autres, si nous travaillons à leur bonheur, nous prenons automatiquement soin de nous-mêmes. Essayer de rendre les autres heureux est le meilleur moyen de nous aimer nous-mêmes. Ainsi, si nous faisons du mal aux autres, nous nous faisons du mal. à court terme comme à long terme, nuire aux autres ne peut nous apporter ni la paix ni le bonheur, mais seulement le malheur et la peine. Contribuer au bonheur des autres est le meilleur moyen de contribuer au nôtre ; c'est logique et tout naturel. Ce que nous faisons pour le bonheur des autres a un effet bénéfique sur notre propre esprit.
Au contraire, si nous agissons envers les autres avec une mauvaise motivation et que nous leur faisons du mal, de telles actions laissent alors des empreintes négatives sur notre courant de conscience. Ces empreintes se manifestent plus tard sous la forme dapparences indésirables. Quand nos sens entrent en contact avec ces dernières, des sentiments déplaisants surgissent.
Voilà comment évoluent les problèmes dans notre vie; c'est comme cela qu'ils commencent. Leur origine se trouve dans notre propre esprit, avec nos pensées négatives. Il en résulte une souffrance dont nous faisons lexpérience dans cette vie ou dans les vies à venir.
Les actions saines -les actions positives, les actions bénéfiques à autrui, les actions menées avec compassion, avec sincérité, celles qui apportent le bonheur aux autres- laissent des empreintes positives sur notre courant de conscience. Elles se manifestent sous la forme dapparences séduisantes. Quand nos sens entrent en contact avec ces dernières, nous en retirons des sentiments plaisants, une sensation de confort, de succès, en fait toutes les expériences agréables que nous souhaitons et désirons. Voilà comment évolue le processus du bonheur, dans notre vie et jusqu'à ce que nous atteignons l'Eveil. Dès aujourd'hui et jusqu'à l'Eveil, le bonheur quotidien, la joie et le plaisir sont le résultat de pensées positives, d'intentions positives et d'actions positives.
C'est pourquoi le Bouddha de la compassion, Sa Sainteté le Dalaï Lama, dit souvent que de chérir les autres est le meilleur moyen de se chérir soi-même. Sa Sainteté appelle cela de l'égoïsme intelligent ou sage, égoïsme parce que, comme je l'ai dit plus haut, en chérissant les autres, en s'abstenant de leur faire du mal, en leur offrant tous les avantages, tous nos souhaits de bonheur concernant le présent et lavenir, seront exaucés. L'expérience a montré que servir les autres conduit au bonheur temporaire mais aussi à l'Eveil, l'état ultime de bonheur perpétuel, la réalisation suprême et parfaite de la paix et de la joie. En fait, plus nous nous dédions aux autres, plus vite et facilement obtenons-nous notre propre bonheur. C'est l'évolution naturelle du bonheur.
Cela signifie vivre une vie de compassion. C'est pourquoi la réponse à la question du meilleur usage que nous pouvons faire de notre vie est de vivre avec compassion et sagesse. La compassion seule ne suffit pas. Il nous faut aussi développer la sagesse. Comment développer la sagesse ? On ne l'obtient pas en avalant des pilules, en faisant un régime particulier ou en transplantant le cerveau de quelqu'un d'autre dans sa tête, le cur de quelqu'un d'autre dans sa poitrine. Nous ne pouvons développer la sagesse que par nos propres efforts, par notre propre pratique méditative. La sagesse vient en écoutant des enseignements corrects, en y réfléchissant et en les méditant.
Nous devons donc recevoir des enseignements infaillibles, obtenir une compréhension infaillible, accomplir des pratiques infaillibles et parvenir ainsi à des réalisations infaillibles. Ceci est extrêmement important. De cette façon, nous ne gâchons pas notre existence, nous ne nous engageons pas dans une mauvaise voie, et nous pouvons réaliser pleinement le potentiel de notre vie, qui est aussi illimité que le ciel. Tous les êtres ne souhaitent obtenir que le bonheur et se libérer totalement de la souffrance. Le but de notre vie est de leur être bénéfique autant que possible.
En outre, nous devons apprendre à analyser et à méditer. Tout comme le simple fait de lire une ordonnance ne peut guérir une maladie et qu'il est nécessaire de prendre des médicaments, avoir une simple compréhension intellectuelle des enseignements ne suffit pas. Nous devons pratiquer.
Afin de mettre un terme à toute notre souffrance, au cycle du vieillissement, de la maladie, de la mort et de la renaissance, ainsi quaux problèmes rencontrés dans l'état intermédiaire (tib. bardo), nous devons soigner notre esprit malade, guérir complètement de la maladie mentale -les pensées émotionnelles perturbatrices, les perturbations mentales- est à l'origine de toutes ces expériences indésirables. Sans même parler de la paix des autres, voilà ce que nous devons faire pour notre propre paix ultime.D'innombrables fois, nous avons joui de bonheurs passagers. Il ne nous en reste plus aucun à expérimenter. Ce qui est nouveau, ce dont nous n'avons encore jamais fait l'expérience, c'est la grande paix qui résulte de la cessation de toute souffrance, de la cessation de la mort et de la renaissance ; le bonheur ultime qui naît de la cessation complète de la véritable cause de la souffrance, à savoir l'ignorance, les pensées émotionnelles perturbatrices et les actions motivées par ces états d'esprit déséquilibrés. Nous n'en avons encore jamais fait l'expérience.
Depuis des temps sans commencement, nous avons été contraints d'errer encore et encore dans le cycle de la mort et de la renaissance, faisant sans cesse l'expérience de tout l'assortiment samsarique, de la collection complète des problèmes rencontrés lors d'une vie. Jamais nous n'en avons connu la fin, le bonheur ultime et permanent, la cessation complète de tous les problèmes et de leur cause, nos propres pensées perturbatrices et les actions qu'elles entraînent, le karma.
Accéder à ce résultat incroyable que nous obtenons en réalisant les étapes de la voie est un travail qu'il nous suffit d'accomplir une seule fois. Une fois le bonheur permanent atteint, la cessation de toute souffrance, il nous est impossible de souffrir de nouveau, parce que la graine des problèmes que nous avons rencontrés au cours de notre existence, cette graine que nous avons nous-mêmes plantée dans notre continuum mental, a été complètement éliminée, complètement purifiée. Il est donc absolument impossible de souffrir de nouveau ; puisqu'il n'y plus de raison ni de cause. Une fois que nous aurons suivi le chemin jusqu'au bout, nous n'aurons jamais plus à le refaire, nous n'aurons plus besoin de pratiquer. Une fois le but atteint, il demeure à jamais. Il est donc extrêmement important d'y consacrer toute votre vie et c'est la chose la plus valable que vous puissiez faire de votre existence.Il existe un texte tibétain, Les Trois Principaux Aspects de la Voie, composé par le grand Maître Lama Tsong Khapa qui contient les trois principaux aspects de la voie vers l'Éveil tels que le Bouddha les a enseignés : le renoncement, lesprit dÉveil (skt. bodhicitta) et la vue juste. Ces chemins conduisent à la libération, au bonheur permanent, à la libération complète de tous les royaumes de souffrance du cycle des existences, (skt. samsara). Les pratiquer tranche la racine de toutes les souffrances, l'ignorance, l'esprit non-connaissant, et apporte la joie sans égale de l'Éveil.
Lama Tsong Khapa était un être éveillé exceptionnel, une manifestation de Manjoushri, le Bouddha de la sagesse, l'incarnation de la sagesse de tous les Bouddhas. L'océan de ses qualités était aussi infini que le ciel, son esprit vénérable avait parfait toutes les réalisations : la compréhension parfaite, la compassion et le pouvoir. Il a apporté un bienfait infini à tous les êtres sensibles ainsi quaux enseignements du Bouddha.
La transmission orale
C'est une bonne chose que de recevoir la transmission orale de textes tels que Les Trois Aspects Principaux, qui contiennent la quintessence des enseignements du Maître Bouddha Shakyamouni. à cette occasion, vous recevez les bénédictions d'une lignée d'enseignements ininterrompue qui remonte à lexceptionnel Lama Tsong Khapa lui-même, et cela laisse sur votre esprit l'empreinte des étapes de la Voie vers l'Éveil dans son intégralité. Je l'ai moi-même reçue de nombre de mes Maîtres, tels que Sa Sainteté le Dalaï Lama et ses propres Maîtres, eux-mêmes des êtres éveillés, des érudits accomplis et qui, même pour le commun des mortels, sont de grands yogis. Grâce à ces bénédictions, quand vous lisez, étudiez et méditez des textes dont vous avez reçu la transmission orale, ces activités deviennent alors bien plus efficaces, elles ont davantage d'impact sur votre esprit. De la même façon, quand vous donnez ces enseignements aux autres, ils sont plus profitables à leur esprit.
Un jour, par exemple, le Maître Bouddha Shakyamouni donna des enseignements à cinq cents cygnes qui se trouvaient dans un champ. Le simple fait d'en avoir entendu les mots leur permit, dans la vie suivante, de renaître tous en tant qu'êtres humains, de devenir des membres pleinement ordonnés (tib. guélong) du Sangha et d'atteindre l'état supérieur d'Arya. Ils accomplirent le chemin transcendant qui mène à la perception directe de la nature ultime ; ils mirent fin ainsi à toutes les perturbations mentales, à toutes les pensées émotionnelles et éradiquèrent toute souffrance et sa cause. Le simple fait d'entendre les enseignements du Dharma peut donc avoir un effet extrêmement bénéfique sur le continuum mental, même sur celui d'un animal, à tel point que non seulement on obtient une renaissance humaine, mais on est capable aussi d'accéder à de grandes réalisations de la voie, comme celles du chemin de la vision.
Le grand pandit indien, Vasoubandhou, qui a composé un texte majeur l'Abhidharmakosha, le récitait quotidiennement à voix haute. Un pigeon qui nichait sur le toit de sa maison avait l'habitude de l'entendre, et quand l'oiseau mourût, Vasoubandhou fit appel à son pouvoir de clairvoyance pour savoir où le pigeon avait pris renaissance. Il découvrit qu'il s'était réincarné en un bébé de sexe masculin dans une famille qui habitait plus bas sur la route. Les parents acceptèrent de mettre leur fils sous la tutelle bienveillante du très respecté pandit. L'enfant -qui fut connu par la suite sous le nom de Lopeun Lodèn (Acharya Sthiramati ou Lodreu Dènpa)- prit les vux de moine, devint un expert éminent de l'Abhidharmakosha, qu'il avait entendu tant de fois lors de sa vie précédente de pigeon, et il en écrivit de nombreux commentaires. C'est là un autre exemple de limmense bienfait que peut apporter le simple fait d'entendre des enseignements du Dharma.
Un de mes Maîtres m'a raconté une autre histoire au sujet de Lopeun Lodèn. Tout comme les chrétiens qui prient la vierge Marie, de nombreux bouddhistes ont une foi immense en Tara, une émanation féminine de l'esprit éveillé. Quand Lopeun Lodèn était enfant, il tentait de faire des offrandes de nourriture à une statue de Tara qui se trouvait dans une vitrine, mais chaque fois qu'il portait la nourriture en l'élevant vers la porte vitrée, elle tombait à terre et il se mettait alors à pleurer. Sans se décourager et grâce à sa grande dévotion, il continuait d'essayer, mais chaque fois la nourriture tombait à terre. Finalement, Tara, touchée par sa sincérité, fit en sorte que ses offrandes restent suspendues en l'air contre la paroi de verre, défiant toutes les lois de la gravité.La responsabilité universelle
Le but de notre vie ne consiste pas en la seule résolution de nos problèmes personnels et en l'obtention de notre propre bonheur. Le but de notre vie est d'être utile aux autres, d'être bénéfique aux êtres quel que soit leur nombre. Quoi qu'il en soit, notre seule raison d'être est de libérer le nombre infini des êtres sensibles de la souffrance et de les guider vers le bonheur inégalé de l'Éveil complet. Tel est le sens de notre vie. Chacun de nous a cette responsabilité universelle d'apporter le maximum de bonheur à tous les êtres.
Pourquoi avons-nous cette responsabilité ? Si vous faites naître la compassion dans votre esprit, vous ne ferez pas de mal aux autres. La paix et le bonheur, c'est labsence de tout ce qui peut nuire. En ne nuisant pas aux autres, vous leur offrez le bonheur et la paix. Non seulement cela, mais, en ayant de la compassion pour eux, vous leur êtes aussi utile de façon plus dynamique. Plus votre compassion est grande, plus vous aidez les autres êtres. Ainsi toute cette paix et ce bonheur dont les autres font l'expérience sont les résultats de votre compassion ; ils viennent bien de vous, dépendent de vous. Cette paix et ce bonheur sont entre vos mains, parce qu'il n'y a que vous qui décidez d'engendrer ou non de la compassion à légard des autres. Si vous ne le faites pas, les autres ne recevront pas la paix et le bonheur que vous avez à leur offrir : si vous le faites, ils recevront de vous toute cette paix et tout ce bonheur. Vous avez donc la responsabilité universelle d'apporter la paix et le bonheur à chaque être sensible.Maintenant, faites une pause, cessez de lire, et méditez sur le sentiment de responsabilité universelle comme je viens juste de l'expliquer : si vous avez de la compassion pour tous les êtres, chacun d'entre eux reçoit de vous un bonheur et une paix immenses ; personne n'est maltraité. Pensez : « Tout ce bonheur et toute cette paix dont ils font lexpérience et dont ils jouissent, dépendent de moi. » Pensez aux raisons de cet état de fait et gardez-les à l'esprit pendant que vous essayez de ressentir votre responsabilité universelle pour le bonheur et la paix de tous les êtres.
Méditez sur cette pensée : « Je suis responsable du bonheur et de la paix de tous les êtres. »Ce serait merveilleux si dans votre vie quotidienne vous pouviez en prendre conscience et le mettre en pratique. Même si vous ne pouvez pas vous livrer à beaucoup d'autres pratiques, telles que la récitation de mantras, de sadhanas de déités, ou diverses autres pratiques préliminaires, si vous pouvez simplement garder présent à l'esprit que le but de la vie est d'apporter le bonheur à tous les êtres et de vous en sentir responsable ; si vous pouvez maintenir cette attitude en vous en souvenant sans cesse, vous donnerez un sens remarquable à votre vie. Ainsi, automatiquement et tout naturellement, vous serez bénéfique aux autres.
Si vous pouvez rester conscient de la responsabilité universelle, tout ce que vous ferez sera transformé par cette attitude positive : que ce soit marcher, vous asseoir, dormir, travailler, parler, manger, quelle que soit l'action dans laquelle vous vous engagerez. Chacune des actions de votre corps, de votre parole et de votre esprit deviendra instantanément un service rendu aux autres êtres sensibles. Quand vous dormez, vous dormez pour les autres ; quand vous mangez, vous mangez pour les autres ; quand vous travaillez, vous travaillez pour les autres ; quand vous parlez, vous parlez pour le bien des autres, pour les rendre heureux. à l'instant même où votre attitude change ainsi, tout ce que vous faites devient une action bénéfique à autrui.
Une heure, une minute même avant que vous ne changiez, vous agissiez en fonction de votre ego et de votre égocentrisme : le moindre de vos actes était corrompu et était l'opposé d'une cause pour atteindre l'Éveil. Parce que votre motivation n'était rien d'autre que de l'ego, l'attachement dirigeait votre esprit et vos actions ne pouvaient devenir une cause du bonheur permanent, la libération du cycle des existences, c'est-à-dire les six royaumes de la souffrance et leur cause. Elles ne pouvaient même pas devenir la cause d'une renaissance favorable ou celle du bonheur au-delà de cette vie. Comme vous agissiez en fonction de l'ego et de l'attachement, le fait de se cramponner à cette vie, vos actions ne pouvaient devenir qu'une cause de souffrance.
Toutefois, dès que vous engendrez la pensée : « Je suis responsable du bonheur de tous les êtres sensibles : voilà ce à quoi sert ma vie », et que vous ressentez cette responsabilité universelle, soudain, tout ce que vous faites se transforme complètement. Il s'agit désormais d'un travail au service des autres. Cela devient juste. Une action pure, qui n'est pas souillée par l'ego. Il s'agit désormais de Dharma. Vos actions se transforment en Dharma : c'est la meilleure des méditations que vous puissiez faire. En travaillant, vous méditez. En étudiant, vous méditez. Peu importe ce que vous faites, vous méditez. Il n'y a aucune séparation entre votre vie et la méditation : votre vie toute entière devient votre pratique méditative.
S'il vous est possible simplement de garder votre esprit centré de cette manière, même si vous ne pouvez accomplir de nombreuses autres pratiques, cette attitude positive, la pensée d'être bénéfique aux autres, transforme tout ce que vous faites en le Dharma le plus parfait, en la meilleure cause de bonheur. Tout ce que vous faites devient une cause de bonheur et d'Éveil. Votre vie quotidienne toute entière vous rapproche de plus en plus de la liberté ultime de la bouddhéité.
Si la compassion est absente de votre cur, il ne vous reste que l'ego, l'esprit égocentrique. Cela signifie que votre vie toute entière reste dédiée à votre propre bonheur. Mais qu'en est-il des autres ? Eux aussi veulent être heureux. Vous n'êtes pas le seul à avoir besoin du bonheur : les autres aussi en ont besoin. Aussi, quand vous êtes sous l'influence de l'ego, il vous est très facile de vous quereller avec les autres dans la vie quotidienne. Vous pouvez vous rendre compte à quel point l'esprit égocentrique est la cause de problèmes, de conflits, de difficultés relationnelles avec les autres etc. Plus votre ego est fort, plus vous rencontrez de problèmes dans votre vie. Les autres trouvent qu'il n'est pas facile d'être en votre compagnie. Même si vous vous faites un ami, tôt ou tard, comme votre ego produit de l'attachement et que ce dernier entraîne la colère, votre ego, accompagné de ces deux autres émotions fera de votre ami un ennemi.
Tant que vos actes dépendent de votre ego, vous nuisez aux autres, parce que votre ego a pour seul dessein d'obtenir son propre bonheur et ce aux dépens des autres. à cause de lui, toutes les autres pensées discriminatoires, telles que la colère et la jalousie, surgissent. Elles vous entraînent alors dans des actions négatives, qui vous amènent à nuire aux autres êtres sensibles. Comme vous allez de vie en vie en compagnie de votre ego et des autres pensées émotionnelles discriminatoires, vous ne cessez de nuire aux autres, et ainsi tous les êtres sont maltraités par une seule et même personne, vous !
Mais si vous développez la compassion, tous les êtres sensibles recevront la paix et le bonheur de la seule et même personne, vous ! Si tous les êtres se mettent en colère contre vous, vous font du mal ou vont même jusqu'à vous tuer, vous n'êtes après tout qu'une seule et même personne ; mais si cette seule personne, toujours vous, ne pratique pas la compassion, le bon cur, dinnombrables autres êtres sensibles courent le risque d'être maltraités par vous ; le risque est grand que cette même personne, encore vous, fasse du mal à un nombre infini d'autres êtres. Par conséquent, que les autres pratiquent la compassion ou non, c'est à vous de le faire en premier. Cultivez le bon cur.
Notes 1 : Lune des cinq étapes de la progression spirituelle, le chemin de la vision est atteint lorsque le pratiquant perçoit directement la vacuité . Voir cinq chemins dans le glossaire et p. 31 du présent ouvrage. Pour plus de détails, consulter Sa Lam, les Terres et les Chemins de Guéshé Lobsang Tengyé aux Ed. Vajra Yogini.
Retour au texteVivre avec bodhicitta
A nouveau, faites une pause et méditez sur le sens de la vie, sur le but de l'existence. Pensez : « Le but de mon existence n'est pas simplement d'obtenir le bonheur pour moi-même ni même de résoudre mes propres problèmes. Le sens de ma vie est de libérer tous les êtres sensibles de la souffrance et de les guider vers le bonheur absolu ; car c'est bien des innombrables et précieux êtres que j'ai reçu tout le bonheur passé et présent, temporaire et ultime et c'est bien d'eux que je recevrai celui à venir, depuis le confort et les plaisirs de tous les jours jusqu'à l'éveil suprême. » Ressentez cela du fond du cur.
Quand votre méditation porte sur tous les êtres sensibles, commencez par les précieux êtres qui vous entourent à cet instant précis. Commencez par ceux que vous rencontrez dans votre vie de tous les jours ; ceux qui sont dans la même pièce, dans le même immeuble que vous, les membres de votre famille, vos collègues de travail et peu à peu élargissez votre prise de conscience jusqu'à progressivement inclure tous les êtres où qu'ils soient dans lespace infini. Formez le souhait de les libérer de toute souffrance et de sa cause et de leur apporter le bonheur absolu, sans faire d'exception ni de discrimination. En considérant tout cela, pensez : « Tel est le sens de ma vie ; voilà pourquoi je suis en vie. » Ressentez le !Pensez à présent : « Moi seul ai la responsabilité d'apporter le bonheur à tous les êtres et de les libérer de toute souffrance et de sa cause. Je suis personnellement responsable du bonheur de chaque être sensible. » Restez avec cette idée de responsabilité universelle présente à l'esprit.
Souvenez-vous aussi que cette responsabilité s'étend bien au-delà du seul genre humain. Il y a de nombreuses catégories d'êtres vivants. Il existe un nombre infini d'animaux qui souffrent, un nombre infini d'êtres vivant dans les enfers et qui souffrent, un nombre infini d'esprits avides qui souffrent. Il existe un nombre infini de souras et dasouras, ces dieux mondains, qui souffrent. Il existe un nombre infini d'êtres de l'état intermédiaire qui souffrent et qui, entre la mort et la renaissance, sont en proie à une peur immense à cause des visions terrifiantes que crée leur karma. Fixez votre esprit sur cette pensée : « Il est de ma responsabilité d'apporter le bonheur à tous ces précieux êtres sensibles, eux qui sont la source de mon bonheur passé, présent et à venir. »Pensez à présent : « Le bonheur de tous ces êtres, qu'il s'agisse du bonheur temporaire, du bonheur ultime ou de celui inégalé de l'éveil suprême, dépend du fait que j'ai ou non de la compassion pour eux, de l'amour bienveillant et un cur bon. Il faut donc qu'en moi je cultive la méthode qui permet de développer la compassion, le bon cur. Il faut aussi que je développe la sagesse. Pour cela, je vais purifier mon esprit, accumuler des mérites et planter la graine de l'éveil en méditant sur la voie qui mène à l'éveil, et ce non seulement pour moi-même mais dans le simple but d'apporter le bonheur absolu au nombre infini des êtres qui sont extrêmement précieux et dont la valeur excède de loin celle d'innombrables joyaux qui exaucent tous les souhaits. »
En prenant comme exemple le paragraphe ci-dessus, vous pouvez utiliser cette méditation pour établir votre motivation avant dentreprendre n'importe quelle activité vertueuse : que ce soit lire des livres de Dharma, pratiquer la méditation ou écouter des enseignements.
Concentrez- vous maintenant sur la réalité de votre vie ; elle est impermanente par nature et la mort se rapproche rapidement. Pensez ensuite à la nature des phénomènes, qui bien qu'ils semblent exister de leur propre côté, sont en fait, complètement vides d'existence propre. Pas même le moindre atome n'existe de son propre côté. Tout est vide. Votre moi, les actions, les objets, rien n'existe de son propre côté. Tout cela existe, mais pas de son propre côté. Tout ce qui existe est simplement étiqueté par l'esprit. Tout ce qui a une fonction, ne l'a que de par sa dénomination. Concentrez votre attention sur cette nature vide des phénomènes.
Si, chaque jour, vous pouvez maintenir votre attention sur la réalité de la vie, c'est-à-dire l'impermanence, la mort imminente et la vacuité, si vous pouvez avoir conscience constamment de la nature fondamentale des phénomènes, il vous sera possible d'empêcher les pensées émotionnelles perturbatrices de surgir en votre esprit. D'habitude, ces pensées perturbatrices contrôlent notre vie, nous torturent quotidiennement, nous donnent sans arrêt du fil à retordre et empêchent notre esprit de connaître la moindre paix. Au lieu de la paix, de la satisfaction et du bonheur, tout ce que nous en retirons n'est qu'insatisfaction, problèmes et chagrin, et ce non seulement au cours de cette vie mais aussi, par le karma qu'elles nous forcent à créer, pendant de nombreuses vies à venir.
Ainsi, en maintenant notre attention sur l'impermanence, la mort, et la vacuité, cest-à-dire la nature fondamentale de tous les phénomènes, qui tranche la racine de la souffrance, l'ignorance, l'esprit non-connaissant, tout ce que nous faisons au cours de notre existence devient la cause de la libération de toute souffrance et de sa cause. Nous pouvons ainsi aider les autres à un niveau plus profond en les libérant également du cycle de la mort et de la renaissance et de sa cause, les pensées perturbatrices et les actions qu'elles entraînent, le karma.
Dans le chapitre précédent, j'ai mentionné quelques-uns des bienfaits des transmissions orales du Lam rim, ou étapes de la voie progressive vers léveil, de textes qui permettent à votre esprit de s'imprégner du chemin vers l'éveil dans sa totalité. Un autre texte très important est le Soutra du Cur, ou le Cur de la Sagesse, qui est le cur ou l'essence de tous les enseignements des soutras et des tantras du Bouddha. Ce texte explique la sagesse transcendante, la sagesse qui est allée au-delà. Le sujet en est la vacuité, la nature ultime du « je », des agrégats et de tous les autres phénomènes. Il s'agit là de l'enseignement fondamental, ou encore de la pratique méditative essentielle, qui permet de trancher la racine du samsara et d'atteindre à la libération de la souffrance. En recevant les bénédictions de la transmission orale de ce texte, vous plantez dans votre continuum mental les graines pour comprendre et réaliser ce sujet crucial qu'est la vacuité, l'unique remède absolu à la cause de toute souffrance que sont les émotions perturbatrices et le karma.
Quand vous recevez une transmission orale, il est important de penser : « Puissé-je immédiatement être capable d'actualiser dans mon continuum mental le sens de chaque mot que j'entends, puisse chaque mot que j'entends être bénéfique à chaque être, et quand je répète moi-même ces mots, puisse le chemin qu'ils contiennent s'actualiser immédiatement dans l'esprit de tout être qui m'entend les dire. » En développant une telle motivation et en écoutant attentivement la transmission, chaque mot que vous entendez sera dun grand bienfait tant pour vous-même que pour tous les autres êtres.Les Trois Principaux Aspects de la Voie
Je vais maintenant lire une traduction du texte de Lama Tsong Khapa intitulé Les Trois Principaux Aspects de la Voie afin de planter dans votre continuum mental les graines de la voie vers l'éveil dans son intégralité. De tels textes courts de Lam rim sont d'un grand intérêt. Les lire ne prend pas beaucoup de temps mais ils laissent en nous l'empreinte du chemin dans sa totalité, ces empreintes constituent ensuite le fondement du développement de notre esprit jusqu'à son potentiel ultime. Quand vous lisez avec soin de tels textes, ou que vous en écoutez avec attention une lecture complète, cela devient à proprement parler une méditation directe sur le chemin qui mène à l'éveil.Je rends hommage aux vénérables maîtres.
Je vais donc expliquer comme je le pourrai
L'essence de tous les enseignements excellents des Vainqueurs,
La voie qui est louée par les Fils des Vainqueurs,
La porte pour les fortunés qui aspirent à la libération.Vous qui n'êtes pas attachés aux plaisirs de l'existence,
Vous qui vous fiez à la voie qui réjouit les Vainqueurs
Avec une endurance qui donne un sens à ce corps pourvu de libertés et de qualités,
Vous, les fortunés, écoutez avec un esprit clair.Sans un pur renoncement,
Il n'est aucun moyen de calmer
la poursuite du fruit du bonheur dans l'océan de l'existence.
Ceux qui ont un corps n'ont que le désir ardent de l'existence.
C'est pourquoi, au début, recherchez le renoncement.Contrecarrez les pensées mondaines en habituant votre esprit
À la difficulté d'obtenir un corps pourvu de libertés et de qualités
Et au caractère éphémère de la vie.
Contrecarrez les pensées mondaines quant aux vies futures
En pensant sans relâche aux souffrances et à l'infaillibilité du karma.Prenez de telles habitudes,
Et quand il n'y aura plus un seul instant
où vous aurez le moindre souhait pour les perfections de ce monde,
Quand vous n'aurez de quête que pour la libération, nuit et jour,
Alors, vous aurez le renoncement.Mais un renoncement
qui ne serait pas empreint de bodhicitta
Ne pourra produire la parfaite félicité
De l'insurpassable éveil.
Ceux qui sont intelligents produisent donc la bodhicitta.Être emporté par le flot impétueux des quatre fleuves,
Être aliéné par les attaches des actions, difficiles à défaire,
Être emprisonné dans la nasse de la saisie egotique,
Être complètement enveloppé dans l'obscurité profonde de l'ignorance,
Prendre sans cesse naissance, et à chaque vie
Endurer sans cesse les trois souffrances
Nos mères connaissent de telles conditions,
Pensez à leur état, et produisez l'esprit sublime.Si vous n'avez pas la sagesse de la réalisation du mode d'être,
Quand bien même seriez-vous habitués au renoncement et à la bodhicitta
Qu'il vous serait impossible de trancher la racine de l'existence.
C'est pourquoi efforcez-vous de réaliser l'interdépendance.Quiconque voit l'infaillibilité de la loi de causalité
En tous les phénomènes du samsara et du nirvana
Et détruit tout mode de perception,
Entre sur la voie qui réjouit le Bouddha.Les apparences sont inéluctablement interdépendantes,
Et la vacuité est libre dassertion.
Tant que ces deux points vous semblent différents,
Alors vous ne réalisez pas la pensée du Conquérant.Quand vous percevez ces deux réalisations simultanément, sans les dissocier,
à peine voyez-vous l'infaillibilité de l'interdépendance
Que votre conviction détruit toutes les manières de vous agripper aux objets (des sens).
à ce moment, vous parfaites l'analyse de la Vision.Par ailleurs, les apparences dissipent la vue extrême de l'éternalisme,
La vacuité dissipe la vue extrême du nihilisme.
Si vous connaissez la façon dont la vacuité apparaît comme cause et fruit,
Vous ne serez pas emportés par les vues extrêmes.C'est ainsi que lorsque vous avez réalisé
L'essence des trois principaux aspects de la Voie,
Reposez-vous sur la solitude, faites naître la force de la persévérance
Et réalisez rapidement le but immuable, mon fils!L'importance de la compassion
Il existe de nombreuses et différentes pratiques de Dharma (des centaines de mantras distincts à réciter, toutes sortes de méditations) mais la plus importante de toutes les pratiques reste celle de la compassion. étant donné que chacun d'entre nous a pris la responsabilité personnelle d'assurer le bonheur de chaque être sensible, le développement de notre compassion en devient encore plus crucial.
Si la pratique de la compassion, le bon cur, est absente de votre vie, alors peu importe les autres pratiques dans lesquelles vous vous engagez, même s'il s'agit de pratiques profondes et ésotériques du plus haut yoga-tantra dans la catégorie du mantra secret du Mahayana, qui sont entreprises dans le seul but d'obtenir la bouddhéité le plus vite possible pour le bien de tous les êtres, ces pratiques ne deviennent pas le chemin rapide vers l'éveil qu'elles sont supposées être. Sans compassion, aucune pratique ne peut mener à l'éveil et peut même, au contraire, devenir une cause, non seulement du samsara en général, mais aussi d'une renaissance dans les royaumes inférieurs des enfers, des esprits avides ou des animaux. Par conséquent, peu importe à quel point une pratique peut être considérée comme profonde ou avancée, qu'il s'agisse de dzokchèn, la grande perfection naturelle, ou de dzokrim, le stade d'accomplissement du plus haut yoga-tantra, si cette pratique est accomplie sans bienveillance, sans l'intention d'être bénéfique à autrui ; au lieu d'être profitable, elle peut être nuisible. La faute n'en incombe pas à la pratique elle-même mais au pratiquant qui l'accomplit sur la base d'une motivation incorrecte et d'une attitude erronée.
Si les pratiques que vous effectuez comme les prières et les récitations de mantras, ont pour motivation la compassion à légard de tous les êtres, elles deviennent un moyen incroyable d'amasser un très grand nombre de mérites et de purifier votre esprit d'obscurcissements et de karma négatif accumulés pendant des éons.
Ceci ne vaut pas que pour la pratique formelle. Si tout ce que vous faites tout au long dune journée de vingt-quatre heures, que ce soit marcher, vous asseoir, parler, manger etc., est accompli avec bon cur, avec un esprit empreint de compassion à l'égard de tous les êtres, alors même si vous ne disposez pas de beaucoup de temps pour pratiquer la méditation assise ou toute autre pratique formelle, toutes ces activités habituelles du quotidien sont transformées en un service rendu aux autres êtres sensibles. Même si votre vie est entièrement occupée par le travail et les obligations familiales, si vous alliez cette pratique essentielle qu'est la compassion, la pensée d'être bénéfique aux autres, à tout ce que vous faites, cela devient le Dharma le plus parfait, la cause du bonheur et du succès pour vous-même et, ce qui est plus important encore, pour le nombre infini de tous les autres êtres.
Par conséquent, peu importe la vie quotidienne que vous menez que vous soyez en retraite, que vous étudiez le Dharma, chantiez des sadhanas, récitiez des mantras ou passiez de longues heures au bureau, si vous ne laissez jamais la compassion vous quitter, si vous gardez constamment à l'esprit la pensée d'être bénéfique aux autres, tout ce que vous faites devient un travail accompli au profit d'autrui. Auparavant, quand vos actes n'étaient motivés que par l'ego et l'attachement, ce n'était que du travail en vue de votre seul bonheur. Aussi, tout ce que vous faisiez était non-vertueux et ne créait que du karma négatif, la cause de souffrance. Mais à présent, comme du fer transmué en or, l'alchimie de la compassion transforme vos actions, auparavant de l'ordre du samsara, en causes non seulement de bonheur, de paix et d'éveil pour vous-même, mais aussi en causes de bonheur pour chaque être sensible sans exception aucune. Votre vie même devient semblable à de l'or : pure, riche, d'une valeur inestimable et extrêmement profitable. Votre esprit devient un trésor de mérites et de karma positif, la cause de tout bonheur.
Si vous gardez à l'esprit la volonté d'être bénéfique aux autres, si vous avez au fond du cur de la compassion pour tous les êtres, alors même quand vous vous rendez à votre travail, chaque pas, chaque moment passé en voiture, aura pour effet de créer des mérites infinis dans votre continuum mental. Parce que votre objectif principal reste le bonheur de tous les êtres, chacun de vos pas est très important et d'une valeur inestimable. Chaque pas que vous faites crée du mérite aussi infini que l'espace.
Si vous vous adressez à un public avec une motivation de bodhicitta, avec compassion, avec la pensée d'être bénéfique aux autres, chaque mot, chaque phrase que vous prononcerez produira énormément de karma positif, cause de bonheur. Pourquoi ? Parce que ce qui motive vos propos n'est que le souhait que chaque être sensible connaisse le bonheur et le bien-être.
De même, si vous buvez et mangez avec pour motivation la compassion à l'égard de tous les êtres, chaque bouchée que vous avalez crée du mérite aussi vaste que l'espace. Vous amassez une quantité incalculable de karma positif, cause de bonheur. Si, pendant que vous êtes au travail, le bonheur et le bien-être de chaque être vous tient à cur, alors chaque seconde, chaque minute, chaque heure passée aura pour effet dengendrer un mérite infini, un karma positif illimité, la cause du bonheur en votre esprit. Chaque action que vous accomplissez avec pour motivation la bodhicitta, avec compassion, avec la pensée d'être bénéfique aux autres, devient la cause du bonheur de tous les êtres.
La bodhicitta transforme votre vie
C'est pourquoi Khédroup Rinpoché, l'un des deux principaux disciples de Lama Tsong Khapa, a écrit dans son éloge des qualités exceptionnelles de son maître : « Chacune de vos respirations est profitable à tous les êtres. » Il a dit cela parce que Lama Tsong Khapa avait atteint la réalisation de la bodhicitta, c'est-à-dire quil avait renoncé à lui-même et ne chérissait que les autres. Si vous avez réalisé la bodhicitta, à savoir l'esprit altruiste déterminé à atteindre l'éveil pour le bien des êtres sensibles, la pensée de ne travailler qu'au bienfait des autres, alors la moindre action de votre corps, de votre parole ou de votre esprit est dédiée au bien-être des autres. Votre vie toute entière n'est vécue que pour le bien des autres. Il ne reste pas même une seule seconde de pensée pour vous-même, pour votre propre bonheur. Tout ce que vous faites, vous le faites uniquement pour le bonheur des autres êtres. Si vous récitez un rosaire de mantras, c'est pour les autres ; si vous mangez un bol de nourriture, c'est pour les autres ; si vous buvez une tasse de thé, c'est pour les autres. La moindre de vos actions n'est accomplie que pour les autres. Il n'y a rien dans votre vie qui ne soit fait pour les autres, pour leur bien.
La réalisation de la bodhicitta, de la compassion, de l'amour bienveillant, transforme complètement votre esprit. Avec votre esprit davant, vous ne pensiez qu'à votre propre bonheur et nuvriez que pour le bien de votre propre moi, votre vieux moi. La continuité de cet état d'esprit n'a pas de commencement. à cause de lui, vous êtes encore embourbé dans la souffrance, vous n'êtes pas libéré du samsara et les bienfaits que vous apportez aux autres sont extrêmement limités. Comme vous n'avez pas développé votre esprit, votre capacité à travailler parfaitement pour les autres êtres, à leur apporter le bonheur absolu, éveil inclus, reste très limitée. La réalisation de la bodhicitta inverse totalement lensemble des données. Elle vous apporte une disposition d'esprit nouvelle, un esprit neuf ; le genre d'esprit dont parlait Khédroup Rinpoché au sujet de Lama Tsong Khapa : « Chaque fois que vous inspirez ou expirez, cela contribue au bonheur de tous les êtres. »Il existe une histoire similaire concernant lêtre éveillé exceptionnel, Pabongka Rinpoché (1871-1941), un grand lama, érudit et yogi qui a actualisé le chemin vers l'éveil dans son intégralité. Il a non seulement composé des textes de Lam rim comme La Libération dans la Paume de votre Main1 mais aussi de nombreux autres textes sur les soutras, et en particulier plusieurs excellents et extrêmement brillants commentaires sur les tantras contenant des explications vraiment très claires sur des pratiques de déités basées sur sa propre expérience. Bien sûr, ses écrits ont comme fondement les enseignements de Maître Bouddha Shakyamouni et les commentaires des pandits indiens et tibétains du passé, mais grâce à sa pratique, il a fait sa propre expérience et a actualisé lui-même le chemin dans son intégralité. Ainsi a-t-il pu écrire avec grande précision sur le tantra et être d'un grand bienfait pour le Dharma et pour tous les êtres en général. Il avait des milliers de disciples, et, grâce à ses enseignements et à ses conseils, un grand nombre d'entre eux obtinrent les réalisations des trois aspects du chemin vers l'éveil, et, en particulier, celles du chemin du mantra secret, le Vajrayana.
Un des disciples de Pabongka Déchèn Nyingpo était un lama appelé Togtèn Rinpoché. Il avait été auparavant un pratiquant de la tradition Nyingma (il existe quatre écoles principales dans la tradition tibétaine : Nyingma, Kagyu, Sakya et Guéloug) mais un jour, il discuta de la vacuité avec un grand lama Guélougpa, Dénma Locho Rinpoché, dont lun de mes maîtres est l'incarnation actuelle. Dénma Locho Rinpoché conseilla alors Togtèn Rinpoché : « Si vous voulez réaliser la vacuité, vous devriez aller à Lhasa rencontrer Pabongka Rinpoché. » Il se rendit donc à Lhasa, reçut de nombreux enseignements de Pabongka Déchèn Nyingpo et pratiqua la méditation en suivant ses conseils. Le monastère de Pabongka Rinpoché ne se trouve pas très loin du monastère de Séra, et perchée sur la falaise au-dessus se trouve sa grotte-ermitage, où Togtèn Rinpoché fit sa retraite.
Ce dernier s'appliquait à y pratiquer la méditation, et chaque fois qu'il avait une réalisation, descendait pour l'offrir à son maître, Pabongka Déchèn Nyingpo. Un jour, il atteignit le neuvième stade de léquilibre méditatif, l'étape finale du processus d'obtention du calme mental (skt. shamatha ; tib. shiné). Il s'agit d'une réalisation très importante car, à ce stade, vous avez surmonté à la fois l'agitation mentale grossière et subtile et la torpeur grossière et subtile qui sont les obstacles principaux à la concentration en un point parfaite. Cest un état semblable au calme mental, non pas le véritable calme mental mais bien le chemin direct qui y mène. Togtèn Rinpoché devait être plutôt excité à l'idée d'avoir atteint ce niveau de méditation et il descendit donc pour tout raconter à son maître. Toutefois, avant d'arriver à la fin de cette histoire, je dois à présent vous donner une idée plus précise de ce que Togtèn Rinpoché avait accompli.
Les cinq chemins
Quand vous réalisez le calme mental, vous pouvez vous concentrer en un point sur n'importe quel objet de votre choix aussi longtemps que vous le souhaitez, des mois, des années ou même des éons, selon ce que vous avez déterminé lors de votre motivation. Peu importe le nombre de distractions qui vous entourent -sirènes de police, sifflements de trains, gens tapant sur des tambours près de vos oreilles- rien ne peut déranger votre esprit ou entraver votre concentration. Quelle que soit la durée pendant laquelle vous avez prévu de rester concentré, vous pouvez pendant la totalité de cette durée garder votre esprit fixé sur l'objet (de méditation), aussi inébranlable quune montagne. En outre, vous faites également lexpérience dun état de grâce tant physique que mental. Votre corps a la sensation d'être en excellente santé et d'être aussi léger que du coton, comme sil pouvait s'envoler. Vous pouvez amener votre corps à s'engager dans n'importe quelle pratique ou action vertueuse sans aucune épreuve ni difficulté. Vous avez un tel contrôle de votre esprit que, comme je viens de le dire, vous pouvez vous concentrer sur n'importe quel objet aussi longtemps que vous le souhaitez, et si vous relâchez votre esprit, il se dirige naturellement vers un objet vertueux ; il n'y a donc aucun danger de créer du karma négatif. L'énorme avantage d'avoir atteint le calme mental, est qu'il vous est désormais très facile d'obtenir d'autres réalisations. En particulier, vous pouvez prendre la vacuité comme objet de méditation et développer la vue profonde et la sagesse, cette dernière étant le véritable antidote à la souffrance du samsara.
Les quatre Noble Vérités, la base des enseignements de Maître Bouddha Shakyamouni, sont la Vérité de la souffrance, la Vérité de l'origine de la souffrance, la Vérité de la cessation de la souffrance et la Vérité de la voie. La Vérité de la voie signifie la sagesse qui perçoit directement la vacuité, la nature même des phénomènes, la nature ultime. C'est elle qui met véritablement fin aux émotions perturbatrices qui sont la cause de toute souffrance ; la cause du cycle de la renaissance, du vieillissement, de la maladie et de la mort ; la cause du royaume des enfers, de celui des esprit avides, des animaux et de toutes les souffrances quentraînent ces formes de renaissance, et la cause du royaume humain, de ceux des asouras et des souras ainsi que de toutes leurs souffrances.
Quand vous parachevez la sagesse qui perçoit directement la vacuité, vous atteignez ce que lon appelle le chemin de la vision. C'est là que les émotions perturbatrices, les voiles, les souillures de l'esprit commencent véritablement à cesser. Il y a en tout cinq chemins qui conduisent à la libération de la souffrance et de sa cause : le chemin de l'accumulation des mérites, le chemin de la préparation, le chemin de la vision, le chemin de la méditation, et le chemin au-delà de tout apprentissage. En développant la sagesse qui réalise la vacuité sur la base de la méthode du renoncement au samsara, cest-à-dire la détermination de vous libérer vous-même du samsara, vous pouvez obtenir votre propre libération. En réalisant le chemin de la vision, vous éradiquez cent douze voiles, et sur le chemin de la méditation, vous en supprimez seize.
Cependant, vous détruisez non seulement les émotions perturbatrices mais aussi leurs graines, il leur est alors à jamais impossible de réapparaître. Cela signifie que jamais plus vous ne créerez de karma ou ne ferez l'expérience de la souffrance. Vous devenez un Arhat, votre esprit accompli est libre des voiles des émotions perturbatrices. Vous atteignez le nirvana, létat « au-delà de la souffrance », et vous vous libérez du cycle des souffrances du samsara dans son intégralité.
Afin d'atteindre l'éveil pour le bien des innombrables êtres sensibles, vous devez aller jusqu'au bout des cinq chemins du Mahayana, appelés aussi chemins de l'accumulation, de la préparation, de la vision, de la méditation et de lau-delà de tout apprentissage. Ici, « Au-delà de tout Apprentissage » correspond à l'esprit omniscient, l'accomplissement de toute compréhension : il ne reste plus un seul objet de connaissance à découvrir. De nouveau, c'est sur le chemin de la vision du Mahayana que votre sagesse percevant directement la vacuité entreprend l'éradication des émotions perturbatrices. De toute façon, il existe de nombreux détails au sujet de ces chemins et beaucoup de textes qui les décrivent, le plus connu étant sans doute l'Abhisamayalamkara. Dans les grands monastères comme Séra, Gandèn et Drépoung, les moines étudient un grand nombre de textes racines et de commentaires qui, entre autres, expliquent en détail les cinq chemins. Ils mémorisent, débattent et méditent pendant trente ou quarante ans. C'est un peu comme une personne qui essaie de connaître d'abord toutes les parties d'un avion, puis de comprendre comment elles fonctionnent les unes avec les autres pour que celui-ci vole en toute sécurité.
Dans tous les cas, pour obtenir votre propre libération du samsara, vous devez comprendre en détail les cinq chemins. Le chemin de la vision élimine les conceptions intellectuelles erronées, celles acquises à l'occasion d'enseignements incorrects, alors que le chemin de la méditation fait disparaître les idées fausses innées, celles avec lesquelles vous êtes né et qui sont dans votre continuum mental depuis des temps sans commencement. Après cela, vous arrivez au cinquième chemin, celui de lau-delà de tout apprentissage, et atteignez le nirvana, « l'au-delà de la souffrance ».
Afin d'atteindre l'éveil pour le bien de tous les êtres, il vous faut suivre les cinq chemins du Mahayana. Quand vous parvenez au chemin de la vision du Mahayana, vous éliminez également les voiles grossiers (tib. nyeune drip) qui vous empêchent d'obtenir votre propre libération du samsara, mais, en plus, vous éliminez les voiles subtils (tib. ché drip), cest-à-dire les empreintes négatives laissées sur votre continuum mental par les voiles grossiers et qui vous empêchent d'atteindre l'éveil.
Simplement désigné
Nous croyons en l'existence d'un « je », d'un soi véritable, dans notre corps. Mais si vous vous mettez à sa recherche, si vous analysez les apparences pour voir si le « je » existe réellement ou non dans votre corps, ou sur vos agrégats, vous êtes incapable de le trouver. Si vous ne vous livrez pas à l'analyse, il semble être là, mais si vous analysez, vous découvrez qu'il est non-existant. C'est ce que découvre votre sagesse. Quand vous n'analysez pas, ne méditez pas, tant que vous n'avez pas réalisé la nature ultime, à savoir la vacuité du « je », la nature ultime du soi, il semble qu'il y a là un « je » véritable, présent dans votre corps ou sur les cinq agrégats du corps et de l'esprit. Quand vous recherchez avec sagesse, vous découvrez que le véritable « je », qui apparaît là, est complètement non-existant. Il n'existe nulle part. Cette absence du « je » véritable est ce que l'on appelle la vacuité, ou shounyata, la nature même du soi. C'est la réalité du soi. C'est ce qu'est véritablement le « je ». Il est vide -vide du « je » véritable qui apparaît là- et nexiste que de par sa dénomination. L'unique raison pour laquelle le « je » existe en fait, est l'existence d'une base valide, les agrégats. Les cinq agrégats, à savoir la forme, la sensation, la discrimination, les formations volitionnelles et la conscience, constituent une base valide sur laquelle on peut étiqueter « je », c'est pourquoi le « je » existe.
Par exemple, un enfant naît et ses parents lui donnent un nom, une « étiquette ». D'abord l'enfant, la combinaison dun corps et dun esprit est conçu : puis vient l'étiquette. Donc, en fonction de la base, disons que les parents appellent l'enfant « Richard ». Tout d'abord la base vient à exister, puis l'étiquette est mise. La base ne fait pas un avec l'étiquette « Richard » ; sil en était ainsi, dès que la base viendrait à exister, il en serait de même pour l'étiquette « Richard ». Mais les deux sont différents. L'enfant -l'association du corps et de l'esprit, les agrégats- et l'étiquette -le nom « Richard »- ne sont pas séparés, mais différents. De même, notre base -l'association de notre corps et de notre esprit, nos agrégats- ne fait pas un avec l'étiquette « je ». La base et l'étiquette n'existent pas séparément mais différemment. La raison pour laquelle « Richard » existe est que l'association du corps et de l'esprit, cest-à-dire la base qui peut recevoir l'étiquette « Richard », existe. Richard existe parce que sa base existe. C'est la raison principale. De même, la seule raison pour laquelle le « je » existe est que la base, l'association du corps et de l'esprit, existe ; la base valide qui peut recevoir l'étiquette « je ». C'est pourquoi le soi existe.
Mais notre esprit aveuglé par les illusions ne peut s'en rendre compte. Pour nous, c'est comme si le « je » existait à partir des agrégats, comme si il y avait là un véritable soi. Cependant, en analysant cette apparence et la croyance que vous avez en elle, vous pouvez vous rendre compte que ce que vous voyez et ce en quoi vous croyez ne sont que des hallucinations. Le véritable soi qui apparaît (du côté des agrégats) est complètement non-existant. Il n'y a pas là le moindre atome de soi véritable. En réalité, il est non-existant, mais ne pas le reconnaître, ne pas le réaliser, croire que cette illusion est réelle, et croire à cent pour cent que le « je » qui apparaît à partir de là est sa réalité, vous empêche complètement de voir la nature vide et ultime du « je ».
Le « je » qui existe, celui qui fait l'expérience du bonheur et de la souffrance, qui marche, parle, mange, s'assied et dort n'est rien d'autre que ce qui a été simplement étiqueté par l'esprit. Mais même si ce « je » simplement étiqueté existe, quand vous le recherchez sur les agrégats, sur la base, vous ne pouvez le trouver nulle part, de la pointe de vos cheveux jusqu'au bout de vos orteils. Il ny a pas de doute quant à lexistence du « je » simplement étiqueté. Seulement, vous ne pouvez pas le trouver sur la base, sur vos agrégats.
Le « je » qui vous apparaît comme existant dans votre corps ou sur vos agrégats, et non pas comme simplement étiqueté par l'esprit -tout comme s'il n'avait rien à voir avec votre esprit, comme s'il y avait là un véritable « je » sans rapport avec votre esprit et existant de son propre côté-, est le « je » qui n'existe pas. Ni dans votre corps, ni sur vos agrégats, ni ailleurs : ce « je » nexiste nulle part. Telle est la réalité. L'absence d'un tel « je », sa vacuité, est la nature ultime du « je ».
L'esprit en proie à l'hallucination, cest-à-dire la conception erronée qui s'attache à un « je » qui ne serait pas simplement étiqueté par l'esprit mais qui existerait de son propre côté et qui croit que quelque chose de réel apparaît à partir de là, est la racine de toutes les émotions perturbatrices, du karma et de la souffrance. Cet esprit non-connaissant, cette ignorance, est la souffrance la plus importante. Cet esprit en proie à l'hallucination -la conception erronée qui se fourvoie totalement et croit que le « je » est tout à fait autre que ce qu'il est en réalité- est la pire de nos souffrances. Il s'agit là de la souffrance fondamentale qu'il nous faut éradiquer afin d'échapper à toute souffrance et à sa cause.
Le seul moyen d'y arriver est de réaliser la vacuité. La sagesse qui réalise la vacuité du « je » est la seule solution, le seul remède direct à cette conception erronée. En développant cette sagesse nous pouvons nous dégager de toutes les émotions perturbatrices, nous libérer de la souffrance, et en révélant la vérité à autrui, libérer également un nombre infini d'autres êtres sensibles.
Plus encore au sujet des cinq chemins
Avant cette parenthèse sur la vacuité, j'en étais à vous expliquer les cinq chemins. Il y a cinq chemins qui mènent au nirvana -la libération individuelle du samsara- et cinq chemins du Mahayana qui mènent à l'éveil. Afin de parachever ces cinq chemins, vous devez tout d'abord réaliser le calme mental (skt. shamatha), en parcourant les neuf stades de léquilibre méditatif. Vous devez ensuite réaliser la vue profonde (skt. vipashyana) et finalement parfaire la sagesse qui réalise la vacuité, la concentration suprême, cest-à-dire la sagesse qui réalise lunion de la vacuité et du calme mental.
Si votre motivation n'est pas la bodhicitta, mais simplement le renoncement au samsara, vous accomplissez alors le chemin de la préparation1, qui est la base nécessaire pour atteindre le chemin de la vision, la Vérité de la Voie des Quatre Nobles Vérités. Comme je l'ai déjà mentionné plus haut, à ce niveau, les conceptions intellectuelles erronées sont éliminées, et sur le quatrième chemin, celui de la méditation -alors que la sagesse qui perçoit directement la vacuité est davantage développée- les conceptions erronées innées sont à leur tour éradiquées.
En empruntant le Mahayana, le Grand Véhicule, avec comme fondement la réalisation de la bodhicitta -la pensée compatissante et chaleureuse, l'esprit altruiste centré sur laccomplissement de l'éveil pour le bien de tous les êtres sensibles, qui renonce à soi-même et chérit les autres- ainsi que la sagesse qui réalise la vacuité alliée au calme mental, vous parachevez le chemin de la préparation du Mahayana. C'est la base qui vous permet d'accomplir le chemin de la vision du Mahayana : la sagesse qui perçoit directement la vacuité.
Il y a deux façons d'entrer dans le chemin du Mahayana. Soit directement en développant d'abord la bodhicitta, soit en complétant tout d'abord les cinq chemins du Hinayana, le véhicule individuel, en tant que réalisateur solitaire ou comme auditeur en devenant un Arhat et emprunter alors le chemin du Mahayana pour atteindre l'éveil. Sur le chemin de la vision du Mahayana, vous éliminez cent douze voiles grossiers et cent huit voiles subtils. Vous atteignez ensuite le chemin au-delà de tout apprentissage du Mahayana, c'est-à-dire l'éveil suprême.
La bodhicitta incomparable
Je vous ai expliqué tout cela pour vous donner une idée de l'incroyable exploit que représente le fait davoir progressé tout au long des neuf stades de léquilibre méditatif et d'avoir atteint le calme mental. Revenons maintenant à notre histoire.
Quand Togtèn Rinpoché arriva, très heureux d'avoir atteint le neuvième stade de léquilibre méditatif, Pabongka Déchèn Nyingpo était en train de prendre son repas fait de pak ; une boule compacte de tsampa, la nourriture de base des Tibétains faite de farine d'orge grillée mélangée à du thé et à du beurre. Cependant Togtèn Rinpoché n'eut pas la patience d'attendre et lui rapporta sur le champ son expérience. Quand il eut fini, Pabongka répondit : « En comparaison des bienfaits que je retire de cette nourriture, votre réalisation nest rien ! »
Même si la réalisation du calme mental est quelque chose d'incroyable et possède des bienfaits inconcevables -ravissement extatique, clarté insurpassable de l'esprit, concentration en un point inébranlable, absence de maladies parce que corps et esprit sont purifiés- elle est dépourvue de la bodhicitta : la compassion, lamour bienveillant, le fait de renoncer à soi-même et de chérir les autres. Néanmoins, Pabongka, avait réalisé la bodhicitta. Par conséquent chaque bouchée de pak qu'il mangeait était un service rendu à tous les êtres sans exception. Tout naturellement et sans effort, chaque bouchée de pak qu'il mangeait créait un mérite infini, aussi vaste que l'espace. Cette histoire illustre donc les bienfaits de la bodhicitta et montre combien la pratique du bon cur peut rendre notre vie utile et profitable au plus haut point.
Quand Lama Yéshé -dont la bonté surpassait celle des Bouddhas des Trois Temps et qui prit soin de moi comme un père le fait pour son fils unique, non seulement en assurant mon éducation mais aussi en me donnant nourriture, vêtements et tout ce dont j'avais besoin pour vivre- était à Delhi en transit pour les Etats-Unis où il se rendait pour se faire soigner, il y eut une discussion au sujet d'un étudiant qui s'était mal comporté. On demanda à Lama s'il était en colère contre lui. « Comment pourrai-je me mettre en colère contre lui ? répondit Lama, il s 'agit là d'un être sensible. » Cela montre que Lama avait réalisé la bodhicitta. Si vous n'avez pas de réalisation, le seul fait de savoir que quelqu'un est un être sensible qui souffre ne suffit pas pour vous empêcher de vous mettre en colère.
La conscience et le soi
Étudiant : Puis-je, s'il vous plaît, vous poser une question ? Vous avez parlé auparavant de la nature illusoire du « je ». Quelle est la différence entre cela même et la conscience qu'on en a ?
Lama Zopa Rinpoché : La conscience qui reconnaît les choses est l'esprit. Cette conscience n'est pas le « je », le soi. L'esprit est une partie de la base. Dans cette vie, vous avez un corps et un esprit. Cette association du corps et de l'esprit est la base sur laquelle vous apposez l'étiquette « je ». Le corps et l'esprit sont la base : « je » est l'étiquette. La base et létiquette sont deux phénomènes différents. De plus, « je » est celui qui possède et l'esprit, ce qui est possédé. Quand vous dites : « mon esprit », « je » est celui qui possède et l'esprit, ce qui est possédé ; il y a un sujet et un objet : ce sont deux choses différentes et non pas une seule. Par conséquent, la conscience qui reconnaît les choses n'est pas le « je ». Ce n'est ni le « je » réel -celui qui nous apparaît comme n'étant pas simplement étiqueté par l'esprit- ni même le « je » simplement étiqueté. Mais ce n'est pas parce que vous ne pouvez pas trouver le « je » sur vos agrégats, de la pointe de vos cheveux à celle de vos pieds -le corps n'est pas le « je » ; l'esprit n'est pas le « je » ; même l'association des deux n'est pas le « je » ; le « je » ne peut être trouvé nulle part- que cela signifie qu'il n'existe pas ! Le « je » existe. Le « je », le soi, ne peut être trouvé sur vos agrégats, l'association de votre corps et de votre esprit. Le véritable « je » qui apparaît à partir de tout cela ne peut être trouvé. Même le « je » simplement étiqueté ne peut y être trouvé. Mais cela ne veut pas dire que le « je » n'existe pas dans cette pièce. Il existe dans cette pièce, il existe aux états-Unis [dans le pays où vous vous trouvez]. Mais il n'existe pas sur l'association de votre corps et de votre esprit.
Aussi longtemps que votre corps et votre esprit sont dans cette pièce, le « je » ne peut être trouvé sur cette base, mais il existe dans cette pièce. Cependant, la seule raison qui permet d'affirmer qu'il existe dans cette pièce et non pas chez vous en ce moment précis, est que l'association de votre corps et de votre esprit se trouve dans cette pièce. C'est la seule raison, même si vous ne pouvez pas trouver le « je » sur cette association. à la minute où votre corps et votre esprit quittent la pièce, le « je » en fait de même. Alors, qu'est ce que ce « je » ? Il n'est rien d'autre qu'une simple étiquette apposée par l'esprit en fonction de l'existence de la base, l'association du corps et de l'esprit.
En analysant votre « je » de cette manière, vous pouvez constater qu'il est totalement autre chose, complètement différent de ce que vous en avez toujours pensé depuis des renaissances sans commencement jusqu'à maintenant. Pendant tout ce temps, votre esprit a simplement apposé l'étiquette « je » sur l'association du corps et de l'esprit, et c'est ainsi qu'il existe. Mais chaque fois que votre esprit a simplement étiqueté « je », en retour le « je » ne se présente pas à vous comme s'il était simplement étiqueté. Et c'est bien là le problème. Si le « je » vous apparaissait toujours comme étant simplement étiqueté par l'esprit, il vous serait impossible de générer de la colère, de la jalousie, de la saisie, de l'attachement ainsi que tous ces autres états d'esprits émotionnels qui vous font tellement souffrir. Si vous étiez capable de percevoir le « je » comme n'étant qu'une étiquette apposée par l'esprit, il n'y aurait aucune base sur laquelle les émotions perturbatrices pourraient se greffer. Vous ne créeriez alors ni karma causal, ni souffrance, ni le samsara lui-même.
Ce qui se passe en fait, cest quune fois que votre esprit a simplement désigné le « je » lorsquil se présente à vous, il ne semble pas avoir été simplement étiqueté par lesprit. Il réapparaît de manière complètement opposée, comme s'il navait pas été simplement étiqueté par l'esprit. Voilà toute l'hallucination.
Par conséquent, la réalité du « je » simplement étiqueté par l'esprit est quil est complètement vide. Il existe, mais il est complètement vide d'existence autonome. Tout en étant complètement vide d'existence autonome, le « je » existe. Comment ? En tant que simple dénomination. à partir du moment où vous avez réalisé cela, vous avez atteint une réalisation indubitable de la vacuité. Sur le seul objet, « je », vous êtes capable d'unir la vacuité et la production dépendante. Le « je » lui-même est à la fois vide et existant. Il existe mais il est vide. Quand vous réalisez ces deux aspects, sans les séparer, vous avez obtenu une réalisation indubitable de la vacuité. Si, dans ce que vous pensez être une réalisation de la vacuité, vous ne pouvez unir ces deux aspects ou si vous y trouvez une contradiction avec l'existence, alors votre prétendue réalisation de la vacuité est erronée. Quand on en arrive à ce point et que vous ne pouvez pas définir le véritable mode dexistence du « je », ni percevoir l'existence du « je », cela signifie que votre réalisation de la vacuité n'est pas la véritable réalisation de la vacuité mais nest quune vacuité tout à fait ordinaire.
Quand vous vous livrez à l'analyse, le « je » devient extrêmement subtil : si subtil que bien qu'il ne soit pas non-existant, il semble l'être. Il n'est pas non-existant, mais il paraît être non-existant. Il semble ne pas exister ; il devient un phénomène incroyablement subtil. La limite qui sépare l'existence de la non-existence du « je » est extrêmement fine, extrêmement subtile. Si fine que ce qui est existant semble pratiquement être non-existant. Ce dont il sagit, néanmoins, est simplement étiqueté par l'esprit.
La patience et le cur compatissant
Ne commets aucun acte nuisible,
Ne mène à bien que des actions justes,
Discipline ton esprit,
Tel est lenseignement du Bouddha.Qua voulu dire ici le Bouddha ? Ces vers contiennent en essence lintégralité des enseignements du Bouddha compatissant et bienveillant. Dans ces enseignements, il nous explique, à nous les êtres sensibles, qui désirons le bonheur et ne voulons pas souffrir, comment accomplir nos objectifs.
Doù proviennent le bonheur et la souffrance ?
Le bonheur et la souffrance ne viennent pas de lextérieur mais des actions dont la motivation provient de notre propre esprit, de nos propres pensées. Le bonheur a pour origine les actions positives, les problèmes ont pour origine les actions incorrectes ou malhabiles. Les actions positives, les actions pures, sont issues dune attitude positive et vertueuse, dun esprit pur, dun esprit juste, dun esprit en paix.
Tout bonheur (celui éphémère de la vie quotidienne et le bonheur ultime, la libération et léveil) vient de lattitude positive et des actions vertueuses de chacun : il a pour origine lesprit pur. La libération est la cessation complète de toute souffrance, y compris celle de la renaissance, du vieillissement, de la maladie, de la mort, et de sa cause. Léveil, la libération suprême, qui surpasse tout, est la cessation de toutes les perturbations mentales, même les plus subtiles, et laccomplissement de toutes les réalisations. Potentiellement, chaque être est à même de faire cette expérience. Cest le résultat dune motivation positive et dun karma favorable. La souffrance quelle quelle soit est le résultat de lattitude négative et des actes non-vertueux de chaque être.
Au cours de votre vie, à moins que votre esprit nétiquette quelque chose en tant que « problème », avant cela, tant que le concept « problème » nexiste pas, vous navez aucun problème. Avant que votre esprit ne fabrique létiquette « problème », vous ne voyez pas de problèmes dans votre vie. Que veut dire concept ici ? Cest ce qui fait que votre pensée interprète une situation spécifique comme un problème. En dautres termes, votre esprit crée la désignation « problème » pour cette situation spécifique. Avant cela, vous ne voyez aucun problème par rapport à la situation ; mais dès que votre esprit crée létiquette « problème », et croit en cette étiquette, cest là le moment même ou le concept de problème a été créé. Vous avez créé le concept de « problème dans la vie ».
Ceci nest quun simple exemple qui montre que les problèmes viennent de votre esprit, quils dépendent de vos concepts, quils dépendent du concept même de problème. Les problèmes que vous rencontrez dans votre vie dépendent du fait même den avoir le concept, cest-à-dire le fait davoir la pensée, de créer létiquette et dy croire. Voilà un exemple très simple de la manière dont vos problèmes dépendent de votre esprit. Il montre comment vos problèmes dépendent de la pensée, ou concept, que vous avez à cet instant même, à cette minute même, à cette seconde même et comment ce problème, quil dure une heure ou une minute, vient de, ou est complètement lié à votre façon de penser du moment. Le problème du moment présent vient de la pensée, ou concept, de ce même moment, qui crée létiquette et y croit.
Un autre exemple en est la colère. Si vous ne créez pas le facteur mental, ou pensée, de colère, aucun ennemi nexiste dans votre vie : il vous est impossible de rencontrer un seul ennemi. Si vous ne produisez pas la pensée de colère, où que vous alliez, où que vous voyagiez dans le monde, où que vous viviez, avec qui que vous soyez, vous ne rencontrerez jamais le moindre ennemi. Si vous nengendrez pas de colère en vous, vous navez aucun ennemi à lextérieur.Ne soyez pas vous-même
Si vous ne pratiquez ni la compassion, ni lamour bienveillant, ni la patience envers les autres, si vous ne cultivez aucun de ces états desprit qui sont la preuve dune bonne santé mentale, aucune de ces pensées positives, bénéfiques autant pour vous-même que pour tous les êtres sensibles, si vous ne faites aucun effort pour que ces attitudes positives sépanouissent dans votre esprit, vous ne faites quêtre vous-même ; vous vous autorisez à nêtre que votre vieux moi. Votre vieux moi ne suit que votre ego et votre esprit égocentrique ; il ne pense quà son propre bonheur et à rien dautre. Depuis des temps sans commencement, de renaissance en renaissance, votre vieux moi a été sous linfluence de lego et de légocentrisme, cet esprit malsain, tendu et agité. Le cur de votre vieux moi est fermé et non pas ouvert. Votre vieux moi ne travaille quà votre seul bonheur et ne soccupe absolument pas de ce dont les autres ont besoin. Votre vieux moi ne pense pas que vous êtes responsable du bonheur des autres, que votre propre bonheur vient des autres et que le leur dépend de vous. Votre vieil esprit, avant tout centré sur lui-même, ne pense quà son seul bonheur et à rien dautre.
Ainsi « être vous-même » signifie seulement « être votre vieux moi ». Au lieu de développer ces attitudes positives dont jai parlé plus haut, vous faites exactement le contraire. Vous suivez les pensées perturbatrices que sont lattachement et la colère et qui napportent à votre esprit ni paix, ni repos, ni réalisation, mais seulement agitation, ennuis et malheur. Il ny a pas de vacances pour votre esprit. Même si vous emmenez votre corps en vacances, il ny en a pas pour votre esprit, pas de repos ni de détente pour votre continuum mental. Cest en allant continuellement dans le sens de votre vieux moi, cest-à-dire de lego, de lattachement et de la colère, que vous ne trouvez jamais de satisfaction. Pas une seule de ces pensées ne pourra jamais vous apporter de satisfaction, peu importe pendant combien déons vous laurez entretenue. Il sagit tout simplement de la nature de lattachement.
Comme le Bouddha Shakyamouni la dit : « Tant que vous resterez sous lemprise du désir, vous ne connaîtrez jamais de satisfaction. » Cest comme dêtre assis au milieu dun feu. Aussi longtemps que vous y resterez, jamais vous ne connaîtrez le plaisir de ne pas être brûlé. Si vous aspirez au confort et à la fraîcheur, il vous faut sortir du feu. De la même manière et en suivant la même logique, tant que vous resterez sous lemprise de lattachement, vous ne trouverez ni paix intérieure, ni satisfaction réelle, ni repos véritable. Votre cur naura pas de vacances. Voilà comment fonctionne votre vieux moi. Quand les Rolling Stones chantaient : « Well, I tried and I tried, I tried and I tried - I cant get no satisfaction » [Eh bien, jai essayé et essayé, jai essayé et encore essayé : je ne peux obtenir aucune satisfaction], en fait ils nous dispensaient un enseignement du Lam rim ; un Lam rim accompagné à la guitare. Ils nous enseignaient la méditation.
Si vous navez pas bon cur, si vous navez aucune satisfaction -lexpérience de cette dernière ne pouvant être faite quen nentretenant pas les états desprit douloureux que sont le désir et lattachement-, si vous ne cultivez pas lamour bienveillant et la compassion, alors, même si vous prenez des vacances et emmenez votre corps à la plage, votre esprit ne peut trouver le repos. La paix est absente de votre continuum mental parce que vous avez emmené dans vos bagages votre attachement et votre colère ainsi que les problèmes incessants quils suscitent. Parce que vous navez pas bon cur et que vous êtes incapable de vous consacrer aux autres, vous ne ressentez aucune plénitude. à cause des pensées perturbatrices que sont lattachement et la colère, vous nêtes jamais satisfait et faites lexpérience dincessants problèmes.
Vos pensées émotionnelles sont à la base de tous les problèmes. Elles sont elles-mêmes le principal problème. Cest à cause delles que vous navez pas de paix intérieure et ne pouvez pas apprécier votre vie. Même si, vu de lextérieur, on a limpression que vous vous amusez beaucoup, que vous ressentez de lexaltation et du plaisir, quand vous regardez tout au fond de votre cur, vous savez quil vous manque toujours quelque chose. Ce nest quen abandonnant les pensées émotionnelles perturbatrices tel que ce douloureux état desprit dattachement, en coupant ces pensées et en vous en libérant, que vous pouvez trouver le contentement au fond de votre cur, au sein de votre vie intérieure.
Si vous pouvez cesser dêtre votre vieux moi, si vous pouvez cesser dentretenir les pensées discriminatoires sans commencement que sont lattachement et la colère, si vous pouvez arrêter de produire la pensée de la colère et cesser de passer dun esprit sans colère à un autre qui ne souhaite que le mal dautrui, alors jamais vous naurez dennemis. Où que vous alliez, vous ne trouverez jamais le moindre ennemi qui cherche à vous nuire.
Eliminer les ennemis
Que faire quand vous rencontrez quelquun qui ne vous aime pas, qui est en colère contre vous ? Pratiquer la patience ! Au lieu de vous dire que les actions de cette personne sont négatives ou nuisibles, vous les considérez comme positives ou bénéfiques. Au lieu de penser combien il est fâcheux que cette personne ne vous aime pas et soit en colère contre vous, considérez au contraire à quel point cela peut vous être utile, nécessaire et bénéfique. Tout comme vous sentez quil est important davoir quelquun dans votre vie qui vous aime, ressentez quil est tout aussi nécessaire davoir quelquun qui ne vous aime pas. Pensez combien vous avez besoin de la personne qui est en colère contre vous. Soyez sensible au fait que la personne qui ne vous aime pas a autant de valeur que celle qui a de la compassion à votre égard. Au lieu de voir cela comme négatif, voyez le plutôt comme positif et bénéfique.
Si, à ce moment même, au lieu de vous dire que tout cela est nuisible, vous pratiquez la patience en pensant que cela est utile ; si, au lieu de penser que tout cela est inutile, vous le voyez comme nécessaire, vous ferez immédiatement lexpérience de la paix et de la tranquillité. Au lieu dêtre dans la confusion, vous serez heureux aussitôt. En outre, vous ne ressentirez aucun besoin de vengeance et vous vous abstiendrez de nuire aux autres. Vous éviterez ainsi de créer le karma négatif de blesser les autres par votre parole, votre corps et votre esprit.
Si sous lemprise de la colère, vous nuisez aux autres, vous laissez des empreintes négatives sur votre propre continuum mental. Celles-ci prennent ensuite la forme de problèmes dans cette vie, dans les vies à venir ou dans les deux : des problèmes tels que la maladie, les mauvais traitements infligés par les autres, une mort prématurée etc. On les appelle « résultats karmiques dont lexpérience est similaire à la cause » ; nous les créons nous-mêmes en réagissant négativement envers ceux qui sont en colère contre nous.
Cest pourquoi, en pratiquant la patience, vous ne nuisez ni aux autres ni à vous-même. Si vous ne la pratiquez pas, vous nuisez aux autres et donc, à vous-même. En outre, quand vous pratiquez la patience, quand vous vous abstenez de nuire aux autres, vous les protégez contre lenvie de réagir négativement à votre égard, leur évitant ainsi de créer du karma négatif supplémentaire, la cause de la souffrance : vous protégez les autres en leur évitant davoir à faire lexpérience des résultats karmiques de vous nuire. Ainsi, en pratiquant la patience, vous créez non seulement la cause de votre propre bonheur dans cette vie et dans celles à venir, mais vous aidez aussi les autres à connaître le bonheur dans cette vie et dans celles à venir.
Le résultat davoir pratiqué la patience et de vous être abstenu de nuire à la personne en colère contre vous, est que celle-ci ne continue pas à vous nuire. Lautre personne et vous-même connaissez non seulement la paix et le bonheur dans cette vie et dans celles à venir, mais vous apprenez aussi à être patient avec les autres. Cette personne vous y aide. Vous apprenez à être patient avec le reste de votre famille, le reste de vos collègues, avec lensemble des êtres humains et des êtres sensibles en général. La personne qui est en colère contre vous, vous aide à entraîner votre esprit à être patient et positif au lieu dêtre négatif et de vous laisser aller à la colère.
Comme vous éliminez la colère de votre continuum mental et la remplacez par la patience, le reste des êtres sensibles ne reçoivent plus de torts de vous, lindividu dont lesprit a été transformé en patience. Labsence de préjudice, le fait que vous ne leur causez aucun tort, est paix. Ce quils reçoivent de vous, cest le bonheur.
Les bienfaits de la patience
Dun point de vue historique, vous avez pu constater comment, à des époques différentes et dans des lieux divers, un seul individu influent qui ne pratiquait pas la patience a pu causer la mort de millions de personnes. Le résultat en fut que des millions de personnes endurèrent des souffrances inouïes en étant emprisonnées, torturées et exécutées ; pendant la période hitlérienne, en Chine, au Tibet, au Cambodge, en Occident et dans de nombreux autres pays. Même de nos jours, parce quils ne pratiquent pas la patience, certains individus en tuent de nombreux autres. Ils ne possèdent pas les qualités qui rendent un être bon.
Maintenant, réfléchissez sur vous-même à la lumière de ce qui vient dêtre dit. En tant quindividu qui pratique la patience, qui apprend à être patient en libérant son esprit de la colère, vous êtes capable doffrir le bonheur et une paix immense à un nombre infini dautres êtres, non seulement au cours de cette vie, mais aussi au cours de nombreuses vies à venir. Comme il ny a pas de colère, vous ne nuisez pas aux autres. Par conséquent un grand nombre de gens, danimaux, comme par exemple les poissons et les insectes, connaissent grâce à vous le bonheur et la paix. Ainsi, de vie en vie, grâce à votre patience à légard de tous les êtres, vous apportez au monde une paix et un bonheur considérables. En pratiquant la patience vous offrez la paix au monde : à vos parents, au reste de votre famille, à vos amis, à vos collègues de travail, et sur une plus grande échelle, à tous les êtres sensibles.
Sans même parler des autres réalisations du chemin, si tous ces gens de pouvoir avaient seulement été élevés dans le respect de ces qualités humaines magnifiques que sont la patience et le bon cur, sils les avaient possédées et pratiquées, alors chacun dentre eux aurait pu donner tellement de bonheur au monde. Des millions de personnes auraient pu vivre longtemps, connaître le bonheur, la joie au lieu du contraire. Une seule personne aurait pu amener une telle différence si, tout simplement, elle avait été patiente au lieu de se mettre en colère. Essayez de vous mettre dans cette situation. Cela pourrait vous arriver. Si vous ne pratiquez pas la patience dans cette vie ou dans celles à venir, vous pourriez, vous aussi, renaître en tant quun individu qui nuit à des millions de personnes. Il faut donc absolument que vous pratiquiez la patience. Vous devriez considérer que cela relève de votre responsabilité. Il est pour vous de la plus haute importance de vous entraîner à la patience et de la pratiquer. Cest probablement la plus importante des méditations à effectuer.
Si vous pratiquez la patience, vous éliminez la colère. Cela signifie quil nexiste plus aucun ennemi à la bodhicitta dans votre esprit. En dautres termes, cela rend plus facile lobtention de la réalisation de la bodhicitta, le bon cur ultime, lesprit altruiste tourné vers la réalisation de léveil pour le bien de tous les êtres. La bodhicitta est la porte dentrée du chemin du Mahayana, la base du chemin vers léveil et la source de tout bonheur autant pour vous-même que pour les autres.
En réalisant la perfection de la patience1, vous pouvez obtenir léveil suprême, la grande libération, la cessation de toutes les erreurs mentales, et laccomplissement de toutes les réalisations. Une fois léveil atteint, vous êtes libre de travailler parfaitement au bien-être de tous les êtres sensibles dans le but de les libérer de toute souffrance et de sa cause et de les conduire, à leur tour, à la bouddhéité. Cest le bienfait quapporte à long terme votre pratique quotidienne et immédiate de la patience, un bienfait aussi vaste que lespace lui-même.
Pratiquer aujourdhui-même la patience vous permettra de devenir le guide parfait dun nombre infini dêtres sensibles et de leur apporter tout le bonheur possible. Par conséquent, quand quelquun vous maltraite ou se met en colère contre vous, ce sont là tous les bienfaits que vous retirerez de ne pas vous irriter. Vous pouvez ainsi lenvisager sous un autre angle. Vous pouvez vous rendre compte à quel point réagir avec patience est la source de tout bonheur : non seulement de votre bonheur immédiat mais aussi de celui de vos vies à venir ; non seulement de votre propre bonheur mais aussi de celui dinnombrables autres êtres. Vous pouvez faire en sorte que tout cela soit possible, et ceci grâce à votre patience.
La patience possède aussi de nombreux autres avantages. Sa pratique, par exemple, est la cause qui permet dobtenir un beau corps dans les vies suivantes : un superbe corps humain ou le corps divin dun déva. Si votre corps est attirant, il vous est plus facile dêtre utile aux autres. La pratique de la patience est aussi la cause qui permet dobtenir des qualités spécifiques du corps parfait dun Bouddha. Il existe encore bien dautres bienfaits de la patience.
Si vous ne pratiquez pas la patience, vous vous mettrez en colère. Un des résultats de la colère est dobtenir un corps repoussant dans les vies à venir. Si vous êtes laid, les gens ne voudront ni vous voir ni vous entendre, ne voudront pas vous aider ni prêter attention à ce que vous dites. Pire encore, il vous faudra endurer les souffrances terribles et insupportables dune renaissance dans les enfers. Et même si, après cela, vous retrouvez une renaissance humaine, vous rencontrerez de nombreux autres problèmes en résultat de la colère. La colère a beaucoup, vraiment beaucoup de désavantages, mais en pratiquant la patience vous pouvez les éviter tous.
En bref, pratiquer la patience au quotidien présente des avantages infinis. Cela vous donne, à vous comme aux autres, dans cette vie comme dans celles à venir, la paix, le bonheur et le succès. Pour finir, vous atteignez léveil et apportez le bonheur à tous les êtres en les menant, à leur tour, à léveil.
Comment pratiquer la patience
Doù vient votre pratique quotidienne de la patience, cette patience qui apporte tous ces bienfaits ? Comment avez-vous appris à être patient ?
Interrogez-vous : « Où ai-je appris à être patient ? Je lai appris de ceux qui se sont mis en colère contre moi. Grâce à la personne en colère, jai été capable de pratiquer et de réaliser la patience. Cest pourquoi, toute la paix et tout le bonheur dont je jouis dans cette vie et dont je profiterai dans les vies à venir qui sont en fait le résultat de ma pratique de la patience, me viennent de la personne en colère. Cest grâce à la bonté de la personne en colère, qui ma donné loccasion de pratiquer la patience, que je suis capable, à présent, doffrir la paix et le bonheur à tous les êtres sensibles. Grâce à cette personne, je peux accomplir la perfection de la patience ainsi que toutes les autres perfections, et de cette façon parfaire le chemin du bodhisattva et atteindre léveil suprême. Grâce à sa bonté, je peux éliminer toutes les erreurs de lesprit et obtenir toutes les réalisations. Cest la personne en colère qui ma donné cette opportunité. En fait, elle moffre léveil. Grâce à sa bonté, je peux à mon tour offrir la paix et le bonheur à tous les êtres. Que de bonté ! Que de bienfaits elle ma prodigués ! Cest la personne la plus précieuse de mon existence ! Même si quelquun me donnait des milliards et des billions de dollars, jamais je ne pourrais acheter la paix mentale que jobtiens en pratiquant la patience. La personne en colère qui me donne lopportunité de pratiquer la patience vaut donc bien plus que des billions de dollars, des montagnes de diamants ou des hectares dor. »
La personne en colère est bien plus précieuse encore que des billions de joyaux exauçant tous les souhaits (entre tous, il sagit là de lobjet les plus précieux que nous puissions imaginer, la légende dit quen adressant des prières à ce joyau mythique, vous obtenez tout ce qui comble vos sens). Néanmoins, la personne en colère avec laquelle vous pratiquez la patience vaut bien plus que des billions de ces joyaux qui exaucent tous les souhaits. Aucune quantité de richesse matérielle ne pourra jamais vous apporter la paix intérieure quil est possible dobtenir en pratiquant la patience à légard dune personne en colère. Cest pourquoi de tels êtres sont si précieux.
La seule raison pour laquelle une telle personne est si bonne et si précieuse pour vous est quelle est en colère contre vous. Il ny a aucune autre raison. Cest ce qui rend cette personne si incroyablement bonne. Donc, même si sa colère est extrêmement destructrice pour elle, pour vous elle na pas de prix ! Elle est indispensable dans votre vie. Que quelquun soit en colère contre vous est très, très important.
Imaginons quil existe un remède contre le cancer ou le sida. Nous verrions ce médicament comme quelque chose dincroyablement précieux, dextrêmement important, surtout si nous souffrons de lune de ces maladies. Mais même si de tels médicaments pouvaient guérir ces maladies mortelles, cela ne veut pas dire quils pourraient purifier votre karma négatif. Ils ne pourraient pas vous empêcher de renaître dans les royaumes inférieurs de la souffrance que sont les royaumes des enfers, des esprits avides et ceux des animaux. Pratiquer la patience, cependant, offre ce type davantage. La pratique de la patience, par exemple, garantie une mort heureuse et paisible, une mort dépourvue de peur et de souci. Pratiquer la patience purifie, ou contrecarre, le karma négatif. Quand vous pratiquez la patience, vous ne créez pas de karma négatif. Cela signifie que vous ne créez pas la cause dune renaissance inférieure : la patience vous en protège. En fait, la pratique de la patience ne crée rien dautre que du karma positif, la cause de renaissances favorables.
De toutes les façons, pour pouvoir pratiquer la patience, vous avez besoin dune personne en colère. Comme la souligné le grand bodhisattva Shantidéva dans son enseignement du Bodhicharyavatara1, le Bouddha nest pas en colère contre vous, vous ne pouvez donc pas pratiquer la patience à son égard. Et la seule motivation dun médecin est de vous aider, il ny a donc aucune chance de ce côté-là non plus. De même, vos amis ne sont pas en colère contre vous, aussi ny a t-il pas plus doccasion de pratiquer la patience à leur égard. Ainsi, si personne nest en colère contre vous, vous navez aucune opportunité de mettre en pratique les enseignements que vous avez reçus du Bouddha et de vos maîtres. Cest pourquoi la personne qui est en colère est si bienveillante, si précieuse et indispensable à votre existence, plus importante encore quun remède contre le cancer ou le sida. Nous pensons que ces médicaments nont pas de prix, mais si vous considérez la question sous cet angle, vous vous rendez compte à quel point la personne en colère est bien plus précieuse encore. Les bienfaits de la pratique de la patience sont infinis.
Nous souhaitons toujours avoir dans notre vie quelquun qui nous aime. Nous sentons que cela est important pour notre bonheur. Mais vous pouvez voir maintenant quil est encore bien plus important davoir dans notre vie quelquun qui ne nous aime pas, qui est en colère contre nous, afin que nous puissions entraîner notre esprit à la pratique. Comme je lai dit auparavant, si vous navez pas une telle personne, si vous nentraînez pas votre esprit, alors même si vous trouvez un ami, en manquant de patience, vous risquez den faire un ennemi.
Aussi, pour maintenir des relations harmonieuses avec les autres, pour garder vos amis, vous devez pratiquer la patience. Afin de mener une vie heureuse et réussie, vous devez quasiment vous entraîner comme le fait un soldat qui se prépare à la bataille. Les soldats sentraînent avant de partir à la guerre. Vous devez faire pareil. Entraîner son esprit en pratiquant la méditation sur la patience est le moyen de se préparer à la bataille de la vie quotidienne. Sans même parler du bonheur des vies à venir ou de celui de tous les autres êtres sensibles, ne serait-ce que pour le bonheur de cette vie, vous devez pratiquer la patience.
Le pouvoir de la pensée positive
Pour en revenir à ce que je disais auparavant, contemplez les bienfaits indescriptibles quil y a à voir de manière positive ceux qui ne vous aiment pas, ceux qui se mettent en colère contre vous. Songez à tous les profits que vous pouvez en tirer : tout le bonheur obtenu tout au long du chemin vers léveil et la possibilité doffrir un bonheur sans limite à tous les êtres sensibles. Plus cela sera clair pour vous, plus il vous sera facile de considérer de manière positive quelquun en colère contre vous. De cette façon votre propre colère ne surgit pas et vous engendrez, au contraire, un esprit heureux, paisible et patient.
Peu importe la force de la colère de lautre à votre égard, peu importe ses plaintes et ses lamentations, votre esprit habité par la patience ne voit pas cette personne comme un ennemi, comme quelquun à éviter, comme quelquun à fuir ou comme irritante. Vous voyez plutôt cette personne comme bonne et précieuse. Vous pensez : « Elle est en train de purifier mon karma négatif ; toute cette critique à mon encontre maide à purifier le karma négatif que jai créé en critiquant les autres et en leur faisant du mal. Quelle bonté a cette personne de mapporter ainsi son aide. »
En tournant ainsi votre esprit vers la patience, dun côté vous obtenez ce jour même, à la minute, à la seconde même, une paix et un bonheur immédiats et de lautre, un bienfait à long terme. Tout cela grâce à la bonté de cette personne en colère. En revanche, si vous ne pratiquez pas la patience et interprétez de manière négative, comme une agression dirigée contre vous, tout ce que fait, avec son corps, sa parole et son esprit, la personne en colère, votre esprit appose non seulement une étiquette négative sur la situation mais de plus y croit ; ce qui déclenchera votre propre colère. Cette colère vous fera voir cette personne furieuse comme quelquun de négatif, dindésirable, quelquun que vous ne voulez ni voir, ni aider, quelquun que vous souhaitez offenser et frapper violemment. Quand votre esprit est sous lemprise de la colère, vous voyez lautre complètement sous un autre jour, totalement à linverse de la manière dont votre patience le perçoit. Votre colère vous en renvoie une image repoussante.Le bonheur et les difficultés dont nous faisons chaque jour lexpérience viennent de notre esprit. Peu importe lexpérience que nous faisons à nimporte quel moment donné, celle-ci dépend de notre façon de penser, de nos concepts et de notre attitude. Notre attitude détermine ce que nous ressentons.
Par exemple, un jour, au Tibet deux moines sen retournaient à leur monastère après un long et fatigant voyage. En guise de bienvenue, leur maître leur offrit du thé froid. Lun des disciples pensa : « Comme notre maître est bon, il savait que nous avions chaud et soif, il nous a donc intentionnellement offert du thé froid. » Lautre pensa : « Comme il est mesquin et paresseux, il na même pas pris la peine de nous donner du thé chaud. » Ceci lirrita et le mit en colère, cest ainsi quil se détruisit lui-même. Il ny avait aucun bienfait à retirer de sa façon de penser, ni pour lui-même, ni pour son maître. Par contre, grâce sa vision positive de la situation, le premier étudiant rendit son maître heureux, en retira lui même du bonheur, un esprit en paix, et, puisque le thé lui avait été offert par son maître, il créa beaucoup de mérites par la